Festival de La Roche-Sur-Yon 2026 : notre bilan

La 17e édition du Festival de La Roche-Sur-Yon, que vous avez pu suivre en direct comme chaque année sur Le Polyester, s’est achevée ce weekend. Revenons sur les temps forts de cette édition.


Wild Horse Nine

Test cinéphile : savez-vous où ont eu lieu les premières françaises des films oscarisés Hamnet, A Real Pain, Call Me By Your Name et Manchester by the Sea, mais aussi de presque tous les derniers films de Yorgos Lanthimos (Bugonia, Pauvres créatures, La Favorite) et Martin McDonagh (Wild Horse Nine, Les banshees d’Inisherin, 3 Billboards – Les trois panneaux de la vengeance) ? Pas au Festival de Cannes, mais bien à celui de La Roche-sur-Yon. Savez-vous quel festival fut le premier à proposer chez nous une rétrospective Joanna Hogg, à une époque où ses films n’avaient jamais été diffusés en France, et aussi le premier à proposer dès 2013 un hommage à Kelly Reichardt, en sa présence ? Qui fut le premier festival à programmer Eva En Août, film sans distributeur signé d’un Jonas Trueba encore inconnu, qui a pourtant fini nommé aux César l’année suivante ? Qu’on se le dise (et qu’on le dise plus fort, nom d’un chien) : année après année, la tranquille ville vendéenne continue d’accueillir l’une des manifestations cinéphiles les plus précieuses et excitantes de France. Vous n’y êtes encore jamais allé ? Qu’attendez-vous ?


Naza

Savez-vous également qu’un nouveau film de Jonathan Glazer vient de faire sa première française ? Coréalisé avec la compositrice Mica Levi, le moyen métrage documentaire Joy of Joys, dans lequel des enfants ukrainiens, soudanais et palestiniens filment l’enregistrement d’un album caritatif aux studios londoniens d’Abbey Road, était diffusé cette année à La Roche-sur-Yon à peine trois semaines après sa première mondiale au festival de New York, et cinq jours seulement après sa première européenne au Festival de Londres. C’était sans doute là l’un des plus beaux « coups » de cette édition 2026, qui n’a pas manqué de qualités. Gâté, le fidèle public vendéen s’est montré une nouvelle fois curieux, remplissant les salles pour des films du Bangladesh, du Kazakhstan ou d’Indonésie, et participant activement aux nombreuses rencontres organisées avec les invités. Le prix du public est par ailleurs revenu à Naza, documentaire glaçant sur l’aveuglement irresponsable des israëlien.ne.s qui participent à l’organisation des bombardements sur Gaza.


Mailin, de María Silvia Esteve

C’est devenu une spécialité du festival que de rendre hommage à des réalisatrices étrangères encore peu ou mal connues en France. Rien que depuis 2020, année où Charlotte Serrand est devenue la nouvelle déléguée générale et directrice artistique du festival, on a pu redécouvrir en détails les œuvres de Joanna Hogg, Sally Potter, Julia Hart, Clio Barnard, Gia Coppola, Andrea Arnold et Chloé Robichaud. Cette année un focus fut proposé sur la documentariste américaine multi-oscarisée Barbara Kopple, dont le travail témoigne de plusieurs décennies de luttes sociales et syndicales aux Etats-Unis, ainsi que sur l’Argentine María Silvia Esteve, dont les films courts comme longs redonnent la parole au femmes à travers une forme unique, à cheval entre archives intimes ou collectives et surgissement fantastiques.


Tristan Forever

Le grand prix de cette édition fut remis au beau Tristan Forever, coréalisé par le Suisse Tobias Nölle et le Français Loran Bonnardot. Tourné au bout du monde sur l’île Tristan da Cunha, ce documentaire intime et rêveur possède une intrigante manière de s’approcher de la fiction. En ce sens, ce gagnant est représentatif d’un fil rouge qui a traversé de nombreux films de cette édition : les mille et une manières de brouiller la frontière entre le vrai et le faux. Documentaires contenant leur part de fiction (les fantasmes adolescents de La Belle année, les inquiétants paysages intérieurs de María Silvia Esteve, les émouvantes maquettes et marionnettes de Yo, Love is a Rebellious Bird), fictions inventées autour de personnes réelles (Le Dernier roi du blues), mises en abyme ludiques ou hypnotisantes (qui est narrateur dans le bien nommé Douglas Gordon by Douglas Gordon, ou bien quand Albert Serra filme Ingrid Caven racontant sa vie en chansons dans le fascinant Seize moments de ma vie ?) ou autres équilibres inclassables (où ranger les très intrigants Closure ou I Deserve a Lover Whose Every Rise Sets Fiery Dooms Raging Across the Skies?)… Ce n’est pas que cette édition 2026 s’est amusée à nous mener en bateau, c’est plutôt qu’elle nous a lancé une chaleureuse invitation à repenser la hiérarchie traditionnelle entre ce qui est factuel et ce qui est imaginé ; elle est venue nous rappeler que la rêverie est un composant fondamental de nos vies, nos identités et nos quotidiens. Quand l’héroïne éponyme de l’incroyable A Day in the Life of Jo: Chapter Phaedra de Jacqueline Lentzou s’entend dire depuis l’au-delà « fais tes adieux à la narration que tu pensais être toi-même », c’est bien moins une menace qu’une fenêtre soudain ouverte comme par magie.


A Day in the Life of Jo: Chapter Phaedra

Il y a du ludisme dans la manière dont le festival nous invite également à repenser la hiérarchie des formats cinématographiques (courts et longs concourent côte-à-côte au sein de la compétition Nouvelles Vagues, tandis que l’habituelle sélection de clips contemporains est venue replacer sur le grand écran qu’elles méritent ces œuvres à la mise en scène ambitieuse) mais aussi les frontières entre les arts. Presque dix ans après Manifesto, le festival a ainsi montré le montage cinématographique d’Euphoria, nouvelle installation du vidéaste allemand Julian Rosefeldt , tandis que le jury lycéen a remis son prix Trajectoires à Takkuuk, œuvre tournée dans le grand nord, à cheval entre clip immersif et documentaire. Mais encore plus que dans ces exemples, l’invitation à abolir les frontières s’est retrouvée dans l’une des œuvres phares de cette édition : Artou, moyen métrage en VR aux compositions remarquables, mettant en scène des rituels d’enterrement sous un ciel immense, signé du cinéaste mauritanien Abderrahmanne Sissako (qui présentait par ailleurs une intégrale de son travail). Le cinéma le Concorde ayant fait l’acquisition de plusieurs dizaines de casques de VR, on espère que le plaisir vertigineux de ce voyage à 360 degrés puisse à nouveau nous être proposé dans les futures éditions.


Artou

NOS ARTICLES SUR CETTE EDITION 2026 :

Film de clôture
Fatherland

Compétition Internationale
A Day In The Life Of Jo: Chapter Phaedra
Le Dernier Roi Du Blues
The Difficult Bride
Tristan Forever
Wild Horse Nine
Yo (Love is Rebellious Bird)

Compétition Nouvelles Vagues
Atlantic Rhapsody
Closure
Heat
La Belle Année
Light Pillar

Séances Spéciales
I Deserve A Lover Whose Every Rise Sets Fiery Dooms (critique à venir)
Making Marie Antoinette
Naza
Queen At Sea
Un peu avant minuit

Perspectives
Extra Geography
Mouse (critique à venir)
Union County (critique à venir)

Variété
Sleep No More

Music Hall
Seize moments de ma vie

Continuités
Notre Salut
Rose of Nevada

Avant-Premières
Club Kid
Everytime
Le bois de klara
Sanguine

Focus María Silvia Esteve
Mailin

Jeune Public
A Mighty Adventure (critique à venir)
Muyi, la légende du village des femmes (critique à venir)
Papaya

Entretiens
Maria Silvia Esteve
Andrea Szelesova
Sandra Wollner
Priscilla Kellen

News :
Le palmarès
La sélection



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