Critique : Club Kid

Peter, organisateur de soirées branchées à New York, mène une existence aussi effrénée qu’insouciante, rythmée par les nuits festives et les excès. Sa vie bascule lorsqu’Arlo, le fils de 10 ans dont il ignorait l’existence, frappe à sa porte. Dépassé par ce rôle de père qu’il n’avait jamais envisagé, il est rapidement conquis par le charme et la spontanéité de l’enfant. Au fil du temps, un lien aussi inattendu que profond se tisse entre eux, et Peter découvre enfin qu’il existe une vie au-delà de la prochaine fête.

Club Kid
États-Unis, 2026
De Jordan Firstman

Durée : 2h02

Sortie : 04/11/2026

Note :

RÉVEILLE PAS PAPA

C’est une nuit parmi d’autres dans la vie de Peter : de club en club, de soirée en soirée, de drogue en drogue, à côtoyer Kandy Muse, Shygirl ou Amanda Lepore, parmi des gays sous stéroïdes ou non selon les modes. La caméra dans le taxi est étourdissante, elle effectue un mouvement circulaire sur Peter et ses potes noctambules tandis que le chauffeur fronce les sourcils en se concentrant sur la route. Ce cercle semble symboliser à la fois la répétition et le tourbillon, tandis que le carton nous indiquant que quelques années sont passées suggère que toutes les nuits jusqu’alors ont été aussi hautes en couleur.

Sans trop en dévoiler, il arrive à Peter l’un des pires cauchemars qui puisse arriver à un gay clubber : on lui apprend qu’il est père, et qu’il doit s’occuper de son gamin. Peter père, lui qui ne se souvient même plus avoir vaguement baisé dans un état plus que second avec une meuf désormais morte – c’est dire que la fibre paternelle ne saute pas vraiment aux yeux. Club Kid (premier film de Jordan Firstman, découvert au cinéma dans Rotting in the Sun) utilise des archétypes on ne peut plus hétérosexuels avec la thématique de la réconciliation père/fils, transposée dans un milieu opposé. Ce mélange prend étonnamment bien et fonctionne sur deux points : cette réconciliation est émouvante et le film demeure malgré tout super gay.

Sur le papier, la paternité de Peter qui le ferait rentrer dans le droit chemin, loin des clubs et des substances illicites, pourrait être un point de vue assez moralisateur. Mais tout cela est rééquilibré par la lucidité (le film ne romantise pas l’usage de drogues) et surtout l’humour vache de Club Kid : le film est très drôle, ce qui permet également de ne pas tomber dans le sentimentalisme. Le long métrage n’hésite d’ailleurs pas à être méchant avec ou à se moquer de l’enfant – on vous laisse à ce sujet le plaisir de la découverte. Par ailleurs, Club Kid n’est pas dupe de ce monde qui, sous son vernis, n’a souvent rien à foutre de ses enfants. L’attachement de Peter pour son gosse ne va pas de soi, et c’est une perspective particulièrement rafraichissante à voir. Et les règles sévères qui encadrent la parentalité paraissent laisser les bien-être de l’enfant au second plan.

A vrai dire, Club Kid n’est pas tant un film sur le fait de devenir père, qu’un film sur le fait de devenir un adulte – et plus précisément un adulte queer. Les marqueurs de l’âge, pour les hétérosexuels et les homosexuels, ne sont pas les mêmes et ne sont pas accompagnés des mêmes rituels. Peter doit se soumettre aux tests comme tout le monde, ceux-ci sont censés déterminer s’il est capable d’être père, mais aussi d’être un adulte digne de ce nom. Il y a l’insouciance flamboyante des nuits mais aussi les nuits dont on sort comme une épave. Il y a les fêtes qui ne cessent jamais et les années qui s’échappent. Il y a la reprise en main, et toutes les embûches. Club Kid parvient à être chaleureux sans mièvrerie, ce qui est une prouesse avec de tels sujets. Il est également un portrait électrisant de la vie queer new-yorkaise, de ses ombres et ses lumières. Un lent mouvement en arrière est effectué lors d’un plan du film, inscrivant la petite histoire familiale derrière une fenêtre dans l’immense décor de la ville. Firstman parvient à saisir les enjeux intimes et le mouvement du monde avec maestria.

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par Nicolas Bardot

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