Festival de San Sebastian | Critique : Naza

Filmé de nuit sur les toits de Tel Aviv, le film décrit en détail les systèmes derrière le massacre de civils palestiniens à Gaza par Israël.

Naza
Royaume-Uni, 2026
D’Yuval Abraham et Rachel Szor

Durée : 1h20

Sortie : 12/10/2026

Note :

DANS LES TÉNÈBRES

Prix du meilleur documentaire et prix du public (oui, à la fois) à la Berlinale puis Oscar du meilleur long métrage documentaire, le film No Other Land avait marqué l’année 2024. Ce documentaire aux images rares, captées au mépris du danger, était alors signé de quatre militants : deux Palestiniens (Basel Adra et Hamdan Ballal) et deux Israéliens (Yuval Abraham et Rachel Szor). Ce sont ces derniers que l’on retrouve aujourd’hui derrière Naza et immédiatement après la présentation du film à la Mostra de Venise il y a quelques semaines (où il a remporté le Prix spécial du jury), l’état israélien a menacé de les destituer de leur nationalité.

Abraham et Szor ne filment pas la Palestine, Naza est tourné en plein Tel Aviv, mais entièrement de nuit, en cachette sur les toits de la ville. Le duo recueille les confessions (que l’on devrait plutôt qualifier de simples considérations, vu leur absence de honte) de différents membres des services secrets israéliens, rendus évidemment anonymes par un travail sur l’obscurité et la modification de voix. Ces derniers expliquent comment, selon quelle stratégie et avec quelle réflexion sont mis en places les bombardements sur Gaza et le massacre des civils innocents. On devrait plutôt parler d’absence de réflexion car l’une des révélations les plus abjectes de ce documentaire est de confirmer que c’est l’IA qui décide qui sera la prochaine victime, et qui peut justifier de tuer 500 innocents juste pour éliminer un seul suspect.

Il n’y a pas beaucoup d’images choc dans Naza, dont le titre signifie « victimes collatérales ». Ce sont les récits qui sont violents, mais aussi le ton incroyablement détaché qu’emploient ces hommes et ces femmes. Exemples vivants des théories d’Hannah Arendt sur la banalité du mal, iels ne remettent jamais en question la légitimité du système qui les transforment en assassins. Iels n’ont ni doute, ni remords au moment de confirmer que le génocide est non seulement bien réel, il est surtout intentionnel. Certain.e.s vont même plus loin, comparant des étapes des bombardement à des parties de jeux vidéos, iels parlent de moment « incroyablement fun ». « Dans cette position tu finis par te prendre pour Dieu » confie l’un d’eux avec presque un sourire dans la voix.

Naza n’est pas un reportage télévisé. Si la rareté et la folie des témoignages qu’iels transmettent est d’une force rare, les cinéastes ont à cœur de créer une œuvre visuelle où la mise en scène vient également traduire les idées du film, sans prendre le dessus sur le propos. Intégralement plongée dans la nuit, comme dans les ténèbres métaphoriques qui ont recouvert la région, la caméra capte pourtant une source lumineuse récurrente : celles des appartements privés où la vie quotidienne continue et où des écrans télés géants déversent sans cesse la propagande des journaux télés d’état. A travers cette immersion sans porte de sortie, Abraham et Szor parviennent à nous faire ressentir l’aveuglement qui paralyse une nation entière.

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par Gregory Coutaut

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