Critique : Marie Madeleine

À Jacmel, en Haïti, la mer, les églises et les esprits façonnent la vie. Marie Madeleine est une femme libre. Elle vit de la prostitution et traverse les nuits sans se soumettre aux règles de ceux qui sauvent les âmes. Sa route croise celle de Joseph, un jeune évangéliste. Une relation se noue entre ces deux êtres que tout oppose. Alors que Joseph vacille dans sa foi, Marie Madeleine l’entraîne vers un monde dans lequel désir et quête de liberté ouvrent un espace où tout peut être réinventé.

Marie Madeleine
Haïti, 2026
De Gessica Geneus

Durée : 1h44

Sortie : prochainement

Note :

SAINTE COLÈRE

C’est au Festival de Cannes, à Un Certain Regard, que la réalisatrice haïtienne Gessica Geneus (lire notre entretien) a été révélée sur la scène internationale avec Freda. Le film a ensuite effectué un remarquable parcours en festivals avant de sortir chez nous à l’automne 2021. Et c’est à Cannes que la cinéaste fait son retour, cette fois à Cannes Première, avec son nouveau film Marie Madeleine. Le long métrage s’ouvre par un geste d’empathie : Joseph, jeune évangéliste, vient en aide à Marie Madeleine, prostituée. Gessica Geneus emploie des figures bibliques pour mieux les déplacer dans ce récit attaché aux personnes les plus marginalisées de la société.

Jésus le roi des rois, Vive le sang de Jésus, Cœur de Jésus entre autres : la ville de Jacmel en Haïti semble recouverte par des messages religieux. La voix de radio Jésus est partout, comme si les individus étaient continuellement sous surveillance. Quelle place reste t-il pour celles et ceux qui ne se conforment pas à l’autorité religieuse ? Le joli Joseph est un garçon sage et candide dont on devine assez vite la sensibilité, tandis que les pratiques de Marie Madeleine (aussi fière que l’héroïne de Freda) ne sont évidemment pas du goût des hommes de Dieu. Lorsque l’église et le bordel se font face dans Marie Madeleine, séparés par une rue, c’est presque à un antagonisme de comédie qu’on assiste.

Si Gessica Geneus dépeint la cruauté des faux prophètes, le film trouve un contrepoint visuel en mettant en valeur les chaleureuses couleurs des rues et des chambres dans ce dur quotidien. « C’est l’église qui décide pour nous ? » : cette interrogation outrée sur l’ordre établi sonne comme une mise au défi. La cinéaste, qui interprète également me rôle-titre, examine la liberté possible mais entravée de ses protagonistes, soumis.es à l’hypocrisie religieuse. Le film, à nos yeux, finit par manquer de relief d’un point de vue narratif, mais son élégance formelle ainsi que son propos humaniste sont notables.

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par Nicolas Bardot

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