Sur le point de se séparer de sa compagne avec qui il vit à Nancy, Léo, 49 ans, apprend la mort de son père biologique qu’il n’a jamais connu. Dans l’attente d’un rendez-vous avec un notaire en Italie, il passe quelques jours à Paris où il a vécu plus jeune. De discussions avec sa fille activiste en retrouvailles avec des fantômes de son passé, il interroge son rapport au monde et surtout sa relation aux femmes. A-t-il été droit, respectueux, aimant ?
Un peu avant minuit
France, 2026
De Nicolas Pariser
Durée : 1h50
Sortie : 02/12/2026
Note : ![]()
L’HEURE DE VÉRITÉ
En un long zoom, la caméra du Français Nicolas Pariser vient chercher Léo, 50 ans, qui sort d’un métro parisien. Le décor de la capitale, dès ce plan et pendant tout le film, joue un rôle remarquable durant ce récit où les rues de Paris sont parcourues en long, en large et en travers. Elles accueillent les différents et longs échanges entre les protagonistes, dans un film qui se paye le délectable culot d’être essentiellement ça : un film de discussions. Et il y a de quoi déballer dans Un peu avant minuit : sur les relations familiales redessinées, sur la façon dont #MeToo a modifié les relations sentimentales et sexuelles, sur l’épanouissement professionnel et les espoirs déçus. Ce menu est riche et galvanisant. Personne dans la vie ne s’exprime vraiment et aussi systématiquement avec autant d’éloquence que les protagonistes de Pariser, mais c’est aussi le pari réussi fait par le film : tout cela est réel, mais c’est aussi un jeu cérébral.
Le séjour de Léo à Paris est inattendu ; il doit rester plus longtemps que prévu en attendant de régler des affaires suite à la mort de son père qu’il n’a pas connu. Léo retrouve Paris et c’est un Paris (et une France) qu’il ne connaît pas vraiment : celui des CRS, des flics dans toutes les rues, des détonations et des matraques. Le mouvement social intense qui traverse le film n’est pas vraiment nommé, mais il trouve un écho évident avec l’actuelle dérive autoritaire du pouvoir français. Pendant ce temps, pendant que les jeunes sont les premiers concernés (dont la fille de Léo, incarnée finement par Clara Pacini qui fut révélée par La Tour de glace), Léo revoit ses potes un à un et se replonge dans son passé. Comment déjouer les pièges de la romantisation auto-centrée ? Chaque personnage féminin (dont l’un interprété brillamment par Léonie Simaga) semble là pour rappeler aux mecs les cons qu’ils ont pu être pendant des années. On peut difficilement les contredire.
Léo, autour des années 2000, travaillait effectivement pour un journal qui ressemblait à un gros club de mecs. Des stagiaires féminines y passaient, des meufs très belles y écrivaient parfois, mais toujours un peu à l’extérieur du cercle des génies. Il y a dans Un peu avant minuit une réflexion plutôt touchante par son amertume sur les désillusions professionnelles de mecs pour certains brillants qui ont été avalés par le temps. Il y a quelque chose de plus mordant sur ces vieilles histoires de darons, de vieux cons, et parfois de vrais porcs. « J’aimerais bien que les mecs de ton âge réfléchissent un peu » dit-on à Léo. Le choix de Melvil Poupaud (excellent) est tout à fait bienvenu : l’acteur suscite naturellement la sympathie avant que son portrait ne s’écaille.
Dans ce film qui ne semble pas extrêmement intéressé par l’image en premier lieu, il y a un plaisir du dialogue qui fonctionne. Les personnages masculins ne sont pas ménagés et c’est, a fortiori dans le paysage du cinéma français, un sujet à aborder. « Tu fais rien, t’es à côté des choses », entend-on au sujet de Léo, forcé de redescendre de son trône de romantique un peu fané. Quelque chose échappe aux mecs : le temps, les événements qui les dépassent (comme la mort d’un père, un héritage et une dette qui semblent tomber de manière complètement arbitraire) et surtout le fait qu’ils ne soient plus au centre de toute chose. Voilà des perspectives intéressantes, dans un film qui, à notre sens, confond nuance et mollesse. Lorsqu’une élue (jouée par Anaïs Demoustier) balaye d’un revers de main ceux qui incarne « la gauche de rupture », on sent une mollesse socialiste qui est peut-être aussi celle du film. Lorsque, dans le dénouement agrafé un peu artificiellement, un rebondissement vient arrondir les angles, on regrette que le long métrage n’aille pas au bout de son parti-pris.
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par Nicolas Bardot
