Margot débute son internat aux urgences, où elle peine à s’adapter. Très vite, elle fait face à des patients de son âge aux symptômes inexpliqués. La récurrence de ces cas exceptionnels l’interroge, d’autant qu’elle observe, sur son propre corps, des manifestations de plus en plus inquiétantes…
Sanguine
France, 2026
De Marion Le Corroller
Durée : 1h43
Sortie : 28/10/2026
Note : ![]()
J’AI MAL AU TRAVAIL
On ne juge pas un livre par sa couverture mais peut-on juger un film à sa séquence d’ouverture ? Celle de Sanguine n’y va pas de main morte avec ses couleurs pop criardes, son humour vachard qui tache et son surgissement de violence fun sortie d’un cartoon. Puis hop, comme pour coller à l’ambiance de rentrée des classes de l’héroïne qui vient juste d’être engagée dans un service d’urgences, le film revient illico à des choses plus sérieuses. L’horreur ne provient plus d’un jet de sang furieux et grossier mais de quelque chose de bien plus réel et sinistre : le monde du travail. Margot veut être la meilleure, veut être à la hauteur des attentes de sa garce de supérieure, quitte à ce que le stress la dévore presque au sens propre.
Il y a une particularité récurrente du cinéma de genre français à vouloir accompagner ses récits horrifiques d’un commentaire social bien visible. Parfois superflue, cette précaution peut même donner la désagréable impression d’un mot d’excuse venu négocier le droit d’être pris au sérieux, venu confirmer que le film a bien « des choses à dire ». Une fois passé sa séquence d’ouverture, Sanguine semble se réveiller dans ce cas de figure, et la présence au casting de Karin Viard, si inattendue dans ce registre fantastique, ferait presque craindre le miscast. Si certaines scènes évoquent davantage un thriller hospitalier réaliste, Marion Le Coroller n’oublie pas de faire bel et bien du body horror qui gratte. Le cinéma coréen aussi a pour habitude de pousser ses thrillers sociaux jusqu’à un curseur terrifiant, peut-être que l’équilibre de Sanguine est à chercher dans une formule similaire.
Difficile de ne pas penser à Grave de Julia Ducournau devant se récit de jeune fille plongée en pleine horreur hospitalière. Mais pourquoi punir un film de genre pour ressembler un peu à un autre quand 95% des drames ou films policiers du monde se ressemblent déjà entre eux ? On tient trop souvent l’horreur, et sans doute encore plus les réalisatrices d’horreur, à l’impossible double tâche d’être à la fois impeccable et inventive. Sanguine ne possède pas l’unicité de Grave mais s’en sort sans chercher à réinventer la roue et rééquilibre ses grands écarts imparfaits avec un sympathique emballage : une musique nerveuse de Rob, une direction artistique tout en contrepieds (contrairement aux clichés attendus, l’hôpital est bondé et ses murs sont rouge sang), et des touches d’humour inattendues, comme ce plan filmé en vue subjective depuis l’intérieur d’une vulve.
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par Gregory Coutaut
