Festival de La Roche-sur-Yon | Critique : A Day In The Life of Jo – Chapter Phaedra

Jo, jeune fille de 15 ans, se réveille d’un rêve cosmique et part pour une journée de lycée où tout va basculer.

A Day in the Life of Jo: Chapter Phaedra
Grèce, 2026
De Jacqueline Lentzou

Durée : 1h28

Sortie : –

Note :

LA DANSE, LA FORÊT ET LA SOLITUDE

« Envoie-lui le rêve » sont les premiers mots énigmatiques de A Day in the Life of Jo: Chapter Phaedra, le nouveau long métrage de la Grecque Jacqueline Lentzou. Le mystère de ces premiers mots sera peu à peu dissipé au fil du long métrage, mais la jeune filmographie de Lentzou n’a de toute façon pas peur des secrets, des charades, des trous noirs et des vertiges. La cinéaste s’est construit en quelques films (ses courts métrages dont The End of Suffering ou son premier long Moon, 66 Questions) un style et une voix à part, parmi les plus prometteuses d’Europe. A Day in the Life of Jo nous emmène immédiatement dans ses incertitudes : les différentes couleurs de sous-titres nous suggèrent déjà qu’il y a plusieurs narrateurs. Et pourtant, en un cut, on se retrouve en plein récit d’apprentissage en apparence simple.

Jo a 15 ans et elle est comme bien des ados, dans un quotidien d’ados. Elle est en rébellion contre sa mère (et les rôles familiaux semblent redistribués comme dans Moon, 66 Questions), tandis qu’au CDI elle est entourée d’ados qui pleurent ou d’ados qui s’embrassent. C’est très commun, mais Jacqueline Lantzou a un point de vue formel dans chaque scène et son regard singulier rafraîchit la plupart des figures imposées du récit initiatique. Et puis A Day in the Life of Jo: Chapter Phaedra ne peut pas être si simple : un carton au début du long métrage nous promet « un film sur le souffle, les mains et la solitude ». Cette mention est-elle un peu fanfaronne ? C’est mal connaître l’ambition poétique du cinéma de Lentzou, qui signe bel et bien un film sur le souffle, les mains et la solitude.

A Day in the Life of Jo: Chapter Phaedra est souvent filmé proche des visages, avec une importante dimension sensorielle et à fleur de peau. Cette sensibilité adolescente infuse le long métrage qui disperse des signes à analyser, autant dans les décalcomanies enfantines que dans les forces astrales. Qu’est-ce qui est écrit dans la paume des mains ? Qu’est-ce qui attend Jo qui ne fait que commencer sa vie ? Les objets qui apparaissent inexplicablement dans le ciel au début du film sont-ils des petits cailloux qu’il faut suivre dans le long métrage ? Les questionnements de A Day in the Life of Jo ont beau être sérieux, le film n’oublie jamais vraiment d’être ludique. Le dernier segment du film nous rappelle que si tout paraît sérieux, rien n’est si sérieux.

Il serait criminel de dévoiler la nature du décrochage radical qu’opère le long métrage dans sa dernière partie, mais celui-ci fait écarquiller les yeux. Lentzou, qui poursuit le destin de sa jeune héroïne, compose un très singulier mélange d’onirisme et d’humour dont le résultat est explosif. Voilà le recul existentiel que l’on peut prendre sur sa vie, sur ce qu’on est et ce qu’on a été – rien que ça. Le long métrage élargit infiniment le champ du simple récit adolescent, ouvre une réflexion sur l’identité de Jo (« La narration que tu pensais être toi-même ») et sur la mémoire (« L’architecture de l’oubli est la plus parfaite »). « Il y a de la mélancolie », entend-on, et effectivement il y a de la mélancolie sur la terre ferme, comme dans cette dernière scène bouleversante et dont le cœur bat fort.

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par Nicolas Bardot

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