Festival de Varsovie | Critique : Mentor

Adolescents, Ryunosuke et Takumi ont provoqué un incendie qui a détruit l’appartement d’à côté et coûté la vie à la femme et à l’enfant de Nomoto. Quinze ans plus tard, Ryunosuke essaie de mener une vie « normale » tout en réprimant sa culpabilité, tandis que Takumi reste émotionnellement prisonnier du passé. Quand Nomoto réapparaît soudainement, le face-à-face attendu n’a jamais lieu. À la place, il montre une gentillesse déconcertante. Bientôt, la vie des trois commence à changer de manière à modifier irrémédiablement leur avenir.

Mentor
Japon, 2026
De Keisuke Yoshida

Durée : 1h55

Sortie : –

Note :

TOUTES MES EXCUSES

Il n’y a pas de quoi rire. Tout débute par un incendie accidentellement provoqué par deux gamins jouant dans le jardin avec des feux d’artifice. Quelques secondes à peine suffissent à embraser l’immeuble du voisin, et les images du corps noirci et brûlé de ce dernier lorsqu’il sort de chez lui, sa femme décédée dans les bras, sont prêtes à durablement traumatiser les deux garçonnets. C’est en tout cas le cas d’un d’entre eux, Takumi. Bien des années plus tard, le culpabilité le condamne à une vie de marginal incapable de tourner la page. L’autre garçon, Ryunosuke, est en revanche devenu un jeune homme qui va bien, merci pour lui, mais leur amitié n’a pas survécu à la tragédie.

Lorsque Takumi recroise par hasard la route du voisin, au visage désormais couvert de cicatrices, il se recroqueville de peur de que celui-ci le frappe mais c’est au contraire un câlin qu’il reçoit. Voilà presque la métaphore inverse de ce que propose Mentor. Le public occidental a tôt fait de classer tous les drames japonais sur les enfants et adolescents comme des miniatures inoffensives toutes en douces réconciliations, mais le cinéaste Keisuke Yoshida (dont les précédents longs métrages ont été présenté à Kinotayo sans connaître de sorties salle chez nous) a de la personnalité à revendre. Sans se diriger non plus vers l’excès inverse d’un éventuel film de vengeance, Mentor propose une singulière histoire de pardon impossible.

Entre l’un qui fait de la culpabilité toute sa personnalité (« Je ne suis bon qu’à une chose : présenter mes excuses »), l’autre qui s’en lave les mains, et le voisin qui se découvre mentor généreux en leçons de sagesse creuse, le triangle de protagonistes soudain inséparables vire à la thérapie zinzin, jusqu’à ce qu’une révélation cruelle et particulièrement farfelue en même temps (la meilleure scène du film) vienne rendre l’affaire encore plus maboule. Si la caméra de Yoshida ne cherche pas à inventer ou magnifier quoi que ce soit, sa plume possède en revanche une réjouissante imprévisibilité.

Mentor est un drame, possède un sujet sérieux, et pourtant le public du Festival de Varsovie (où le film vient de faire sa première mondiale) n’a pas caché son plaisir rigolard devant les nombreuses scènes psychologiquement absurdes et les coups de théâtres gentiment moqueurs face à ses personnages incapables de présenter ou d’accepter des excuses normalement et de se laisser mutuellement en paix. Si le résultat ne déborde pas d’ambition artistique, il a pour mérite de venir jusqu’au bout tordre joyeusement le cou aux clichés sur la supposément sacrée politesse japonaise.

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par Gregory Coutaut

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