Une maison située au bord d’un lac près de Berlin devient le témoin d’un siècle d’événements qui ont remodelé le monde qui l’entoure : la montée du nazisme et les ravages de la guerre, l’occupation soviétique, la réunification de l’Allemagne et l’aube d’une ère nouvelle.
Le Bois de Klara
Allemagne, 2026
De Volker Schlöndorff
Durée : 1h58
Sortie : prochainement
Note : ![]()
JE RENTRE A LA MAISON
Jeter un coup d’œil aux lignes les plus récentes de la page IMDB de Volker Schlöndorff a de quoi créer la surprise puisque le dernier crédit du très sérieux cinéaste allemand avant Le Bois de Klara s’avère être pour un clip des Pet Shop Boys, The Lost Room. L’excitation de cette alliance inattendue devient relative lorsqu’on réalise que ledit clip est en réalité uniquement composé d’images des Désarrois de l’élève Törless, le tout premier film réalisé par Schlöndorff en 1966. Il ne s’agit là que d’une anecdote ironique, mais peut-être est-elle révélatrice, mine de rien. 60 ans plus tard, en 2026, qu’attendre de Schlöndorff ?
Le Bois de Klara possède une tripotée de personnages, dont les existences s’étalent sur plus d’un demi-siècle, mais qui partagent un même lieu : une maison de vacances au bord d’un lac dont la destinée va épouser les transformations de l’Allemagne d’après-guerre. Un même lieu qui traverse les époques et révèle les vies intérieures de ses habitants ? On ignore si le désir de Schlöndorff de raconter cette histoire précède l’existence du film Les Échos du passé, mais le rapprochement est difficile à ignorer, et pas forcément à la faveur de Schlöndorff.
Le Bois de Klara ressemble de toute façon moins aux Échos du passé qu’à une saga familiale. Passée une brève et étonnante introduction où les personnages, toutes époques confondues, nous attendent au bord du lac comme des fantômes prêts à traverser le Styx, on comprend rapidement que la mise en scène très scolaire de Schlöndorff ne va pas prendre beaucoup de risques. D’un téléfilm, Le Bois de Klara possède certes la modestie technique et l’artificialité (les dialogues un peu explicatifs dans les engueulades politiques entre générations) mais aussi, disons-le, un allant romanesque assumé. Une qualité pas si fréquente dans les films historiques allemands. Surtout, il peut compter sur des interprètes plus convaincants que la moyenne, notamment Martina Gedeck et Lars Eidinger.
La période où le cinéaste allemand se montrait le plus percutant, à la fois politique et virulent, appartient désormais à une époque bien révolue. Il y a un anachronisme touchant à voir cet artiste revisiter une période qui correspond non seulement un moment clé de l’Histoire de son pays, mais aussi tout simplement à l’âge d’or de sa propre œuvre. Il est également émouvant de voir ce monsieur d’un certain âge parler d’Histoire en utilisant des métaphores très lisibles (un terrain coupé en deux, une autobiographie intitulée « Je rentre à la maison ») à l’heure où de jeunes réalisatrices allemandes (Mascha Schilinski donc, mais aussi Eva Trobisch) s’emparent de cet héritage avec bien plus d’imagination et de singularité. C’est peut-être cette dimension méta qui rend ce nouveau film finalement attachant malgré ses imperfections.
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par Gregory Coutaut
