Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.
La Gradiva
France, 2026
De Marine Atlan
Durée : 2h25
Sortie : 04/11/2026
Note : ![]()
C’EST COMME UN TREMBLEMENT DE TERRE
« Il ne s’agit pas de comprendre, il s’agit de perdre connaissance ». Voilà un conseil qui semble passer loin au dessus de la tête des élèves de cette classe que nous suivons en voyage scolaire à Pompei. L’histoire locale et la science des volcans n’intéressent qu’une poignée d’entre eux, les autres ayant surtout à l’esprit une camaraderie chahuteuse, des premiers désirs à assouvir ou encore une colère intérieure à tenter d’assoupir. Le cinéma français ne manque certainement pas de films sur l’école mais, par son atmosphère et par l’ambition de sa mise en scène, l’imprévisible La Gradiva vise et atterrit bien au-dessus des archétypes du genre.
La Gradiva est certes un film réaliste, mais de la même manière que certains films de Bonello ou Noé sont également réalistes. Le film se compose de nombreuses discussions aux enjeux a priori banals, qu’il s’agisse des cours dispensés ou des moqueries méchantes que s’échangent les élèves, et pourtant on sent que sous ce quotidien ensoleillé, les plaques tectoniques grondent fort. C’est d’ailleurs ce que sous-entend la sublime séquence d’ouverture, filmée à bord d’un train où les élèves à moitié endormis paraissent plongés en état d’hypnose et où se réveille alors un inconscient à la fois voyeur et morbide, dans une formule qui évoque le court métrage Dieu est timide.
Brillante chef opératrice pour de nombreux jeunes cinéastes français ou francophones (L’Engloutie, Les Reines du drame, Le Ravissement, Foudre, Nos cérémonies…) Marine Atlan réalise ici son premier long métrage et cette poignée de plans d’ouverture suffisent à asseoir son talent rare. Et il en faut du talent, pour faire passer aussi vite ces 2h25 en compagnie de cette bande de petits cons. Le travail de montage n’est pas seulement sensationnel par sa gestion du rythme, et chaque séquence prise indépendamment possède ses propres variations d’intensité. Hyper vivant jusqu’au vertige, La Gradiva est perpétuellement rêveur et nerveux dans le même geste.
Il est interdit de révéler la direction dans laquelle se dirige le film, mais il y a une parabole politique flagrante dans le portrait de cette incapacité des uns et des autres à s’écouter, mais aussi à regarder le passé dans les yeux, résultant en un poignant sentiment d’échec collectif. Mais le titre du film, inspiré de l’héroïne éponyme fantomatique d’une nouvelle historique ayant beaucoup inspiré Freud, nous rappelle que La Gradiva est moins un exposé qu’un sacré numéro de funambule entre rêverie et cauchemar. Le résultat est si puissant que lorsque l’un des protagonistes dit à son pote « Raconte mieux, frère », on jurerait entendre Marine Atlan mettre au défi quiconque d’atteindre les mêmes sommets qu’elle.
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par Gregory Coutaut
