Festival de La Roche-sur-Yon | Critique : The Difficult Bride

Une jeune bangladaise prépare son mariage. Mais sous l’éclat des rituels de beauté, son corps se rebelle et le réel se fissure…

The Difficult Bride
Bangladesh, 2026
De Rubaiyat Hossain

Durée : 1h28

Sortie : –

Note :

POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE

« Heureuse ? » : c’est le premier mot prononcé dans The Difficult Bride, mais ce mot est aussi et surtout une question. Maquillage soigné, fleurs dans les cheveux, fabuleux bijoux, la future mariée est traitée comme une déesse et ne semble pas avoir vraiment d’autre choix que de répondre « oui » à l’esthéticienne-magicienne qui prend soin d’elle. Mais dans son nouveau long métrage, la réalisatrice bangladaise Rubaiyat Hossain (remarquée notamment avec Made in Bangladesh, sorti chez nous en 2019) se plonge dans les préparatifs peu reluisants d’un mariage et raconte ce qui peut se cacher derrière le sourire parfait de la future épouse.

Zai est censée avoir trouvé le mari idéal, celui qui rendra toutes ses amies jalouses. Mais quelque chose cloche dans ce portrait idyllique, ce que Rubaiyat Hossain suggère de manière surprenante en contrastant le portrait rouge, or et rose bonbon attendu avec des visions macabres – et plutôt que de blanches colombes de mariage, on croise surtout serpents, lézards et vers de terre dans The Difficult Bride. Faire de Zai une reine dans ce palais esthétique devrait être une volupté, mais Hossain dépeint une entreprise brutale où une femme sera scrutée et critiquée physiquement jusqu’à ce qu’elle soit transformée en créature de rêve. Mais le rêve de qui ? Zai (interprétée par la formidable Zaineen Chowdhury Karim qui trouve ici son premier rôle) lit Sylvia Plath et, dans son jeu de cartes, tire celle du chaos. « Une mariée doit être patiente », répète t-on dans The Difficult Bride pour faire passer l’envie aux jeunes femmes de gratter là où ça démange. Ça ne semble pas du tout être le genre de l’héroïne mise en scène par Rubaiyat Hossain.

« C’est l’histoire d’une folle qui se transforme en monstre », résume Zai à l’assistante qui s’occupe d’elle, au sujet du roman qu’elle est en train de lire. Mais folle aux yeux de qui ? Monstre selon qui ? Dans la société ultra-patriarcale qu’Hossain raconte, « les femmes détruisent la société » comme le pensent quelques losers misogynes et rigolards dans la rue. Les flics sont pourris (c’est plutôt l’inverse qui aujourd’hui serait surprenant), même l’époux parfait se permet un condescendant « tu prends ce mariage au sérieux ? » après trente-six épreuves endurées par elle et zéro par lui. A la radio, on annonce les chiffres affolants des viols et des harcèlements sexuels dans le pays. Quelle dissociation Zai et toutes les femmes comme elle doivent opérer pour être déifiées et détestées à la fois ?

Zai, pour être une bonne épouse et une femme correcte, est contrainte de devenir quelqu’un d’autre, et The Difficult Bride (dont la photo soignée est signée Leonor Teles, à l’oeuvre entre autres sur le diptyque Mal viver/Viver mal) raconte cette aliénation. La tension surnaturelle vient souligner la dimension émancipatrice du monstre : le monstre peut certes effrayer, mais il bouscule aussi l’ordre établi. « Physically a whore, mentally a luvergiirl » répète l’artiste yoanaxOx dans une chanson impertinente que Zai écoute. « Physiquement une pute, mentalement une amoureuse », voilà un mantra provocant  qui suffit pour faire d’une femme un monstre dans le monde réactionnaire dépeint par The Difficult Bride. Le film ouvre fièrement la porte à son héroïne et à toutes celles qui se reconnaîtront en elle.

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par Nicolas Bardot

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