Festival de San Sebastian | Critique : Wild Horse Nine

Peu avant le coup d’État chilien de 1973, deux agents de la CIA, Chris et Lee, sont envoyés de Santiago vers l’île de Pâques par leur supérieur, MJ. Au milieu des statues emblématiques de l’île, tandis que ces partenaires de longue date sont confrontés à leur sombre passé et aux complots en cours, Chris noue une relation avec deux étudiantes rebelles qui menace de faire basculer dans le chaos leur séjour dans ce paradis isolé…

Wild Horse Nine
Royaume-Uni, 2026
De Martin McDonagh

Durée : 1h58

Sortie : 04/11/2026

Note :

CHEVAL DE GUERRE

Un gros con américain : voilà comment définir le héros du nouveau long métrage du Britannique Martin McDonagh, Wild Horse Nine. Un boomer avant l’heure (nous sommes au début des années 70), ravi de déblatérer devant des jeunes femmes qui le regardent pour ce qu’il est : un dinosaure à l’agonie. Ce personnage (Chris, agent de la CIA) est interprété avec un plaisir communicatif par John Malkovich, lauréat du prix d’interprétation masculine à Venise pour ce rôle. Il est vrai que l’acteur n’a probablement plus autant été mis en valeur au cinéma depuis pratiquement une vingtaine d’années, ce qui renforce la dimension méta de ce bonhomme appartenant à un autre temps.

Nous sommes en 1973 au Chili, à la veille du coup d’État qui va renverser le président Salvador Allende. Allende est élu démocratiquement, mais la mission divine de Chris, de la CIA et des États-Unis derrière lui, est de « libérer le monde » sans demander l’avis de ses opposants. Dans Wild Horse Nine, le décor paradisiaque de Rapa Nui, les Îles de Pâques, séduit l’œil mais pas vraiment celui de Chris, qui a du mal à prendre au sérieux ces statues monumentales inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. Entre lui et son co-équipier Lee (Sam Rockwell, pornstache et tout en charme) se dessine un antagonisme de comédie archétypal, rehaussé par un brillant sens du dialogue. Chris délivre et attaque tandis que Lee défend et relance, comme deux joueurs de tennis aux styles complémentaires.

A l’image de 3 Billboards : Les Panneaux de la vengeance, il y a néanmoins un point de vue politique un rien mou qui rend le rire un peu jaune dans Wild Horse Nine. On peut apprécier l’humour noir et les zones grises, mais la dynamique comique de Chris est souvent celle d’un réactionnaire, avec qui on rit plus qu’on ne rit de lui. Que ce soit son but premier ou non, le film a, avec de tels protagonistes, une dimension politique, et le traitement de tels personnages est parfois un peu complaisant, un peu léger. Mais est-ce que la recette roule ? Oui, et à vive allure. Wild Horse Nine mêle comédie et tragédie comme McDonagh a déjà pu l’exécuter, et son savoir-faire est tout à fait appréciable si vous n’attendez pas un féroce pamphlet.

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par Nicolas Bardot

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