Le Festival de La Roche-Sur-Yon s’est achevé ce weekend et vous avez pu le suivre sur Le Polyester. Bilan de cette brillante 13e édition.
Pour présenter le travail pluridisciplinaire du cinéaste Alberto Mielgo, auquel la 13e édition du Festival de La Roche-sur-Yon consacrait une exposition, la directrice artistique Charlotte Serrand évoquait dans un entretien avec nous son impression « d’être en pleine période des ‘Grandes Découvertes’« . Ce compliment enthousiaste, nous avons envie de l’adresser en retour directement à elle et son équipe. La cartographie du cinéma contemporain que dresse le festival chaque année est en effet l’une des plus passionnantes et invitantes qui soit, et cette treizième édition en fut à nos yeux l’une des toutes meilleures.
Le territoire cinématographique retransmis dans son programme par Charlotte Serrand l’exploratrice ne connait ni les frontières des genres ni celles de la géographie. Le nombre de films asiatiques et africains étaient d’ailleurs en augmentation cette année, tant mieux. Elle met sur le même plan des cinéastes déjà reconnus (certains d’ailleurs regroupés dans la nouvelle section Continuités) et des révélations foudroyantes, des « Grandes Découvertes » comme on pourrait dire : Foudre, You Won’t Be Alone, Astrakan, Shari font par exemple partie des tous meilleurs premiers longs métrages de l’année à nos yeux.
Et dans les deux cas, ces cinéastes sont souvent des femmes, et ce n’est pas un geste vide : si le festival est si riche et chaleureux, c’est en effet aussi parce qu’il assemble les points de vue les plus lumineux. L’invitation à Andrea Arnold a permis de redécouvrir la radicalité de son cinéma (plusieurs de ses courts étaient ainsi diffusés pour la première fois sur grand écran en France) et au delà de leur apparente simplicité, les nouveaux films d’Alice Diop et Kelly Reichardt (Saint Omer et Showing Up) atteignent des sommets, mêlant voix précieuses et gestes cinématographiques contemporains.
Ce territoire ne connait pas non plus de limite de format : courts et longs concourent côte dans côte dans la même section Nouvelles Vagues, et ailleurs les trois heures de Quand les vagues se retirent du Philippin Lav Diaz côtoient l’excitante mosaïque de courts métrages fantastiques Afrofuturistik, curatée par Claire Diao. Et bien sûr, au cœur du Festival se trouvait l’exposition (accompagnée de projections) dédiée à Alberto Mielgo, artiste, animateur et réalisateur espagnol qui n’a encore signé aucun long métrage mais dont l’univers visuel particulièrement riche lui a valu l’Oscar du meilleur court métrage d’animation en début d’année pour The Windshield Wiper.
Son court Jibaro, dont une image servait de mystérieuse affiche à l’exposition, fut l’une des expériences les plus hallucinantes de cette édition : à mi-chemin entre animation, art vidéo, cinématique de jeu vidéo et chorégraphie, ces 17 minutes ont parfaitement symbolisé le succès galvanisant avec lequel le festival abat les murs entre les domaines artistiques (citons Blaze, fable aux visuels époustouflants et première réalisation de l’artiste peintre australienne Del Kathryn Barton) pour mieux nous offrir le meilleur cadeau à faire à des cinéphiles : le plaisir d’être surpris, pris de court, voire choqué.
Le Festival de La Roche-sur-Yon ne fait pas que mettre sur sa carte les cinéastes les plus passionnants, il crée une carte plus grande qu’ailleurs et nous invite dans tous ses reliefs. Le public ne s’y trompe d’ailleurs pas et les salles étaient régulièrement remplies. Il mérite donc d’être lui-même inscrit sur la carte des toutes meilleures manifestations cinématographiques.
Nos entretiens
• « J’espère que cette édition portera du mieux possible les films que nous présentons et sera un véritable tremplin au moment des sorties » | notre entretien avec Charlotte Serrand, directrice artistique du festival
• « Le mystère prend racine au cœur de l’histoire » | notre entretien avec Carmen Jaquier, réalisatrice de Foudre
• « Il y avait l’envie de traiter de l’enfance comme une matière, quelque chose de sensoriel » | notre entretien avec David Depesseville, réalisateur d’Astrakan
• « Les émotions ne sont pas seulement des mots. Les émotions, c’est aussi la lumière, l’air, le son, les vibrations » | notre entretien avec Nao Yoshigai, réalisatrice de Shari et Grand Bouquet
• « J’ai utilisé des éléments d’histoire archétypaux dans lesquels on peut se reconnaître, et qui rendent le banal magique » | notre entretien avec Britt Raes, réalisatrice de Luce et le rocher
Nos critiques
Compétition internationale
Astrakan, de David Depesseville
Les Banshees d’Inisherin, de Martin McDonagh
Foudre, de Carmen Jaquier
Grand Marin, de Dinara Droukarova
One for the Road, de Baz Poonpiriya
Quand les vagues se retirent, de Lav Diaz
You Won’t Be Alone, de Goran Stolevski
Nouvelles Vagues
A Little Love Package, de Gastón Solnicki
Blood, de Bradley Rust Gray
One Take Grace, de Lindiwe Matshikiza
Shari, de Nao Yoshigai
Séances spéciales
Call Jane, de Phyllis Nagy
Matter Out of Place, de Nikolaus Geyrhalter
Le serment de Pamfir, de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk
Saint Omer, d’Alice Diop
Un couple, de Frederick Wiseman
Perspective
Fifi, de Jeanne Aslan et Paul Saintillan
Ramona, d’Andrea Bagney
Variété
Blaze, de Del Kathryn Barton
Ne dis rien, de Christian Tafdrup
The Twin, de Taneli Mustonen
Continuités
L’Envol, de Pietro Marcello
La Montagne, de Thomas Salvador
Showing Up, de Kelly Reichardt
Music Hall
Anonymous Club, de Danny Cohen
Miúcha, the Voice of Bossa Nova, de Liliane Mutti et Daniel Zarvos
Films du jury
Pacifiction, d’Albert Serra
Invitation à Andrea Arnold
Cow
Séances jeune public
Dounia et la princess d’Alep, d’André Kadi et Marya Zarif
Le Secret de Perlimps, d’Alê Abreu
News
Le palmarès
Le palmarès de la rédaction
Les films à ne pas manquer au festival : notre dossier
Gregory Coutaut
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