Critique : Vous n’aurez pas ma haine

Comment surmonter une tragédie sans sombrer dans la haine et le désespoir ? L’histoire vraie d’Antoine Leiris, qui a perdu Hélène, sa femme bien-aimée, pendant les attentats du Bataclan à Paris, nous montre une voie possible : à la haine des terroristes, Antoine oppose l’amour qu’il porte à son jeune fils et à sa femme disparue.

Vous n’aurez pas ma haine
Allemagne, 2022
De Kilian Riedhof

Durée : 1h42

Sortie : 02/11/2022

Note :

VOUS N’AUREZ PAS MAREN

A l’origine de ce film francophone réalisé par l’Allemand Kilian Riedhof, il y a le célèbre texte éponyme écrit par le journaliste Antoine Leiris suite au décès de sa femme dans les attentats du 13 novembre 2015. Plus que de cette lettre ouverte adressée aux terroristes, d’abord publiée sur Facebook, Vous n’aurez pas ma haine est davantage l’adaptation du livre que Leiris avait publié un an plus tard, dans lequel il racontait de façon factuelle son quotidien dans la période ayant immédiatement suivi les événements. Tout aussi factuellement, le film raconte effectivement l’avant, le pendant et l’après pour Leiris, interprété par Pierre Deladonchamps. On connait le talent du cinéma berlinois le plus radical pour apporter un relief quasi fantastique à des récits aux apparences arides, mais ce n’est pas du tout ce à quoi il faut s’attendre ici.

Il est ironique que Vous n’aurez pas ma haine, qui enchaine les faits et les souvenirs avec la platitude pénible d’un robinet à images, ait été écrit par pas moins de quatre coscénaristes (tous issus de la télévision et des séries policières). Le résultat est si anonyme qu’il ressemble moins à un film de cinéma qu’à une fiche Wikipedia ou une reconstitution de La Nuit des héros. A aucun moment le film ne prouve qu’il a un point de vue particulier sur ce qu’il raconte et le réalisme a bon dos, car en aplatissant ainsi des sentiments complexes, le film les simplifie à outrance. On a parfois l’impression qu’il nous explique ses propres intentions de façon infantilisante, comme dans ces scènes où papa explique la vie à son fiston. Ce n’est hélas pas sur la mise en scène qu’il faut compter pour redresser la barre. Celle-ci est au mieux ringarde (la lumière est très lisse), au pire de mauvais goût (le gros plan sur le mot Bataclan lors du premier flash info). L’embarras est total.

Le problème du film n’est pas de s’être attaqué à un sujet impossible. Présenté en début d’année à la Berlinale, le film espagnol Una año una noche (dans lequel Noémie Merlant joue une survivante du Bataclan) parvient à slalomer intelligemment pour éviter le mauvais goût voyeuriste. Par ailleurs, sur un sujet semblable mais certes différent, on attend toujours la première française de l’incroyable Tu me ressembles, présenté l’an dernier à Venise. Voilà deux exemples récents de films avec des points de vue forts sur des événements réels, et qui n’ont pas peur d’en faire du cinéma.

Vous n’aurez pas ma haine est doté de si peu d’ambition qu’on ne sait même pas si on peut le qualifier de cinéma d’auteur. On hallucine donc de voir au générique le nom de Maren Ade, qui outre ses succès de réalisatrice, peut se vanter d’être l’une des productrices les plus pointues et exigeantes du moment (Köhler, Gomes, Jude, Lelio, Grisebach, Lapid, Porumboiu, Enyedi, Larrain… qui peut se vanter d’un tel casting?). Que s’est-il passé ?

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par Gregory Coutaut

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