David Zimmerman a bientôt 40 ans, il est photographe mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit…. Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.
L’Inconnue
France, 2026
D’Arthur Harari
Durée : 2h20
Sortie : 26/08/2026
Note : ![]()
SOUFFREZ QU’UNE AUTRE EN MOI SE GLISSE
C’est l’histoire d’un mec qui se réveille dans le corps d’une femme. Le body switch ou body swappping, situation où deux personnages se retrouvent projetés par magie dans le corps de l’autre, est un motif si fantasque qu’il n’apparait presque jamais ailleurs que dans deux genres cinématographiques : le fantastique (un peu) et la comédie (surtout). Certes, peu de spectatrices ou spectateurs risquent de se rendre à une séance de L’Inconnue en espérant voir un remake français de Freaky Friday mais confirmons-le néanmoins : ce qui distingue avant tout le nouveau film d’Arthur Harari des autres récits de ce genre, c’est précisément son très grand sérieux.
Comme dans Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, ce n’est pas parce que le récit possède une dimension invraisemblable que cela doit prêter à rire. Pas franchement fantaisiste, le cinéma d’Harari trouve un équilibre intrigant en se frottant concrètement au fantastique. Le cinéaste adapte ici Le Cas David Zimmerman, élégante bande dessinée qu’il a coécrit avec son frère en 2024, et pousse la fidélité très loin (il peut difficilement sans doute en être autrement lorsqu’on adapte son propre matériau). Une différence de taille est cependant à noter : le film est bien moins bavard et se paye même le panache d’avoir de longues plages sans quasiment aucun dialogue. Bien vu, pour un film sur la solitude. Solitaire même dans une fête gigantesque, David y fait pourtant la connaissance d’une inconnue, il couche avec elle sans attendre et se réveille le lendemain matin dans son corps à elle.
Comme la BD d’origine, L’Inconnue fait le choix curieux de ne jamais aborder, même du bout des doigts, cette aventure comme une parabole du vécu des personnes trans. D’abord terre à terre et urgente, l’enquête menée par David à la recherche de la mystérieuse inconnue et de son secret ouvre progressivement des pistes métaphoriques dignes des films d’horreur aux sous-textes les plus riches : une contamination mortelle par les rapports sexuels, un invincible mal-être générationnel, une tristesse contagieuse qui ne toucherait que les jeunes. Comme dans la BD d’origine, le crescendo disparait pourtant dans un dénouement en queue de poisson où ces belles promesses narratives se voient remplacées par le fantasme bien plus commun de changer de vie et tout recommencer à zéro.
Ce dernier acte frustrant donne l’impression que le très sérieux Harari ne sait pas vraiment quoi faire de la dimension poignante de son récit. D’ailleurs, la scène la plus émouvante du film, dans laquelle on retrouve Radu Jude en acteur (un choix méta qui n’est pas l’idée la plus pertinente ici à l’œuvre) s’avère en réalité n’être qu’un rêve. Cela peut se faire pardonner car ce mélange inattendu entre inquiétante mélancolie du récit et intransigeant réalisme de la mise en scène file par moment un sacré vertige. Filmer et raconter un personnage sans le faire parler, sans même parfois filmer son visage, cela demande en effet un sacré talent et le film peut compter sur celui de Léa Séydoux qui livre ici l’une des meilleures performances de sa carrière, aux cotés de France de Bruno Dumont et La Bête de Bertrand Bonello. Avec ce dernier, L’Inconnue ne partage peut-être pas autant que prévu la même folie, mais il fait preuve d’une ambition digne de la comparaison.
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par Gregory Coutaut
