La réalisatrice du remake d’un film d’horreur devient obsédée par l’actrice mystérieuse qui incarnait la « final girl » dans le film original…
Teenage Sex And Death At Camp Miasma
États-Unis, 2026
De Jane Schoenbrun
Durée : 2h00
Sortie : –
Note : ![]()
REFLETS DANS UN DIAMANT CAMP
Comment décrire un feu d’artifice ? Par quel bout commencer pour décrire le fabuleux kaléidoscope qu’est Teenage Sex and Death at Camp Miasma, film qui réussit la tâche herculéenne d’être à la hauteur de son titre? Cinéaste trans repéré.e il y a cinq ans à Sundance (et à Entrevues Belfort pour la France) avec son étrange premier long métrage, We’re All Going to the World’s Fair, Jane Schoenbrun était bien vite passé.e à la vitesse supérieure avec le très singulier I Saw the TV Glow, l’un des sommets de 2024 hélas sorti directement en VoD chez nous. Une injustice réparée par la sélection de ce nouveau long métrage en première mondiale à Cannes, en ouverture (rien que ça) de la section Un Certain Regard.
Un regard certain, voilà précisément une qualité que possède Schoenbrun dont l’œuvre pourtant très jeune ne ressemble à aucune autre, située à la croisée des représentations queer et d’un amour pour le cinéma d’horreur, pour reprendre la formule avec laquelle se présente la protagoniste, personnage dont on peut s’amuser à deviner l’origine autobiographique. Teenage Sex and Death at Camp Miasma vient poursuivre l’exploration de ce filon, à une importante différence près. Il s’agit ici d’une comédie. Celles et ceux qui trouvaient que ses films intenses flirtaient parfois avec le risque de se prendre un peu trop au sérieux seront rassurés par un ton farceur qui vient rendre plus accessible le catalogue d’obsessions contagieuses de Schoenbrun.
Cette comédie a de l’ironie à revendre, mais il ne s’agit pas du tout d’une parodie. L’amour de Schoenbrun et de ses personnages pour le pouvoir de fascination des images interdites est particulièrement authentique. Teenage Sex and Death at Camp Miasma est camp au sens originel : un amour qui est sincère et moqueur dans le même geste, sans qu’un niveau de lecture vienne annuler l’autre. A chaque apparition de Gillian Anderson, on ressent à la fois les probables fous rires sur le plateau au moment de choisir ses robes, mais également la pureté de cet hommage ému aux actrices oubliées et sacrifiées du cinéma d’horreur. Mais surtout, on reste ici en plein cinéma fantastique, et l’on ressort de la séance avec l’impression d’avoir fait un rêve vénéneux davantage que d’avoir vu un film.
Tout débute par un diaporama de divers objets de collection à l’effigie du slasher fictif Camp Miasma. Cette introduction pourrait faire craindre que le film n’a d’autre d’autre ambition que d’être un catalogue de clins d’oeil aux sagas horrifiques des années 80, juste bons à faire du fan service. Même si, de fait, on jubile effectivement de reconnaitre telle ou telle référence obscure au long du film, le réduire à cela serait occulter l’honnêteté avec laquelle, derrière les gags, Schoenbrun ausculte aussi les zones grises qui peuplent ce carrefour entre le queer et l’horreur : la représentation érotisantes des final girls, l’ambiguïté de genre de certaines boogeymen, mais aussi la manière dont les cinéastes hommes ont (indépendamment de leur talent) juxtaposé film après film la souffrance féminine et notre jubilation de spectateur.ice. Cette déclaration d’amour n’est pas dupe.
Farfelu et délicieusement labyrinthique à la fois, le scénario de Teenage Sex and Death at Camp Miasma possède, on doit bien le dire, un ventre mou agaçant au moment, non pas de donner des explications (ce n’est clairement pas le genre de la maison), mais d’articuler une bonne fois pour toutes les différents niveaux lectures de ce cauchemar. Il y a beaucoup à analyser sur la manière dont les identités queer se construisent effectivement grâce aux images interdites et surnaturelles, miroir finalement souvent plus efficace que ceux du monde réel, mais après tout peut-être existe-t-il aussi un chaos indémêlable dans cette alchimie là. Il n’y a aucune raison de penser à Yasujirō Ozu devant Teenage Sex and Death at Camp Miasma, si ce n’est que le film semble parfaitement illustrer sa citation : « Ce sont les films qui nous regardent », et non l’inverse.
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par Gregory Coutaut
