Festival de Karlovy Vary | Critique : My Friend the Porn Star

Rosa – la réalisatrice Rosa Friedrich elle-même – n’a jamais été très intéressée par le porno, jusqu’à ce que son ami Timo exprime le souhait de jouer dans un film érotique. Alors Rosa accepte de l’aider à lancer son projet. Cependant, plus la date du tournage approche, plus Timo se sent gêné et remet son implication en question.

My Friend the Porn Star
Autriche, 2026
De Rosa Friedrich

Durée : 1h35

Sortie : –

Note :

LAISSE TOMBER LES FILLES

Tout commence dans la vraie vie. Timo, mec hétéro, a le fantasme de jouer dans un film porno. Rosa, son amie cinéaste, se laisse convaincre de réaliser ce film. Malgré l’investissement de cette dernière, le projet tombe à l’eau et un autre film nait alors : Rosa décide finalement de réaliser un film retraçant l’échec de ce projet dingo. Ludiquement posé à cheval entre fiction et documentaire, My Friend the Porn Star est un film accessible à la forme très pop. Les artifices et bricolages sont assumés, les couleurs sont pimpantes (par moments on se croirait chez Abel et Gordon) et l’arrivée de chaque nouveau personnage est accompagnée d’une bulle explicative sortie d’une BD. Le résultat est une reconstitution fictionnalisée souvent humoristique, où Rosa et toutes les personnes liées à ce projet rejouent leur propre rôle. Toutes, sauf le principal intéressé.

Si ce projet réel de film porno n’a pas abouti, c’est parce que Timo a pris la décision d’abandonner le projet. Cette formulation est déjà une interprétation puisqu’en réalité il a ghosté toute l’équipe du jour au lendemain, y compris la réalisatrice supposée être sa meilleure amie. Il n’était pourtant pas le dernier à fanfaronner sur sa liberté sexuelle, quitte à laisser son égo divaguer. Si My Friend the Porn Star est hybride, ce n’est pas seulement par son mélange de vrai et de faux : il s’agit autant d’une exploration de nos rapports à la sexualité (davantage qu’un film sur l’industrie du porno) que du portrait amer de la fin brutale d’une amitié.

Sur ces deux tableaux, la réalisatrice Rosa Fridrich a l’humilité de proposer une sorte de thérapie collective plutôt que des réponses définitives. A force de rencontres, entretiens, jeux de rôles et exercices avec plusieurs femmes expertes en la matière (coach, dominatrices, actrices…), elle parvient d’une part à répondre avec le sourire à des question pourtant ardues telles que « la sexualité est elle forcément quelque chose d’intime ? », elle bâtit également en contrepoint à l’absence du seul protagoniste masculin une sororité très décomplexée. Les amies star du porno dont parlent le titre, ce sont en réalité ces filles là.

Timo est incarné à l’écran par un acteur, mais pour bien nous faire comprendre qu’il ne s’agit pas de la personne d’origine, la réalisatrice utilise un sacré trucage. La tête du nouvel acteur est non seulement intégré par effets spéciaux sur le corps d’un autre, mais elle est perpétuellement entourée d’un carré blanc translucide. Bien étonnante, l’idée pourrait tourner au gimmick, mais elle nous force à regarder ce drôle de personnage sous un drôle d’angle. Ce carré blanc (clin d’œil aux carrés roses des films érotiques d’antan ?) évoque autant le cadre d’un portrait royal qu’une geôle mentale autour de ce mec finalement moins libéré que toutes les filles qu’il croise. Ce tour de passe-passe numérique viendrait presque nous dire que ce mec lâche n’a, comme on dit, pas de face.

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par Gregory Coutaut

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