Le jeune soldat Pierre veut faire ses preuves sur le front pendant la Première Guerre mondiale. Derrière les lignes, il rencontre Francis, chargé de remonter le moral des troupes.
Coward
Belgique, 2026
De Lukas Dhont
Durée : 2h00
Sortie : 18/11/2026
Note : ![]()
JE N’SUIS PAS UN HÉROS
Souris, souris, souris, répètent de joyeux soldats dans une chanson qu’ils entonnent. Lors de la Première Guerre Mondiale, des jeunes gars sont à bord d’un train vers le front et vers une possible mort, mais les voilà qui braillent une ritournelle enthousiaste – probablement pour se donner du courage. Le contraste qui apparaît dans cette scène sous-tend une bonne partie de Coward, nouveau long métrage du Belge Lukas Dhont. Dans Coward, les protagonistes font une différence nette entre les héros et les lâches, il y a nous et les pas comme nous, avec une ligne tracée entre les deux. Pourtant tout est plus trouble dans la réalité du jeu de massacre. Les discours bravaches explosent comme les corps, il n’y a plus lâches ni héros, juste de la chair à canon.
Pour son film, Lukas Dhont dit s’est inspiré d’une histoire méconnue de la guerre. La mémoire peut être politique, et ce que Dhont a découvert via des photos et journaux intimes d’époque n’est pas vraiment ce qui est mis en avant dans les livres d’Histoire. Pendant que les soldats saignent au combat, certains d’entre eux organisent des revues travesties pour leur divertissement. « Pas de larmes ici » reproche t-on à un soldat qui craque, tandis qu’en contrepoint d’autres garçons singent ou explorent une féminité hyperbolique à travers un jeu de rôles qui peut servir de révélation. La distinction réelle n’est pas entre les héros et les lâches. Elle est plutôt à chercher du côté de l’impérialisme viriliste dont la brutalité tue, et la tendresse des garçons sensibles qui s’aiment.
Coward se déroule quasi-exclusivement à la guerre et ses enchaînement sont vifs. Il y a là une efficacité narrative, entre les scènes violentes qui coupent le souffle et les parenthèses : sordides quand on ramasse les cadavres, hantées lors des attentes nocturnes. Si le récit roule, il reste néanmoins chez Dhont une propension à enrober ses films, qui disent et démontrent beaucoup, ce qui prive le long métrage de plus de profondeur et d’aspérité. Il y a néanmoins un point de vue qui fonctionne dans la manière qu’a le film d’examiner la guerre par le prisme du genre. Vraisemblablement, il faut faire ça : faire la guerre, faire une famille. La prison patriarcale n’épargne personne, jusqu’à l’absurdité, durant la guerre et même après. Dans Coward, on apprend à vivre avec les hurlements de douleurs, on agite les flonflons parmi les gueules cassées. Pourtant, il y a peut-être une porte de sortie, une cachette dans les marges, lorsque les soi-disant lâches laissent les bonhommes se faire mal entre eux.
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par Nicolas Bardot
