Festival de Karlovy Vary | Critique : Two Mountains Weighing Down My Chest

Viv, une artiste trentenaire pékinoise, fréquente depuis peu la scène queer berlinoise. À cheval entre l’Allemagne et la Chine, où sa famille se demande si leur fille n’est pas un peu loufoque, la cinéaste tente de comprendre le milieu où elle vit et celui d’où elle vient.

Two Mountains Weighing Down My Chest
Allemagne, 2026
De Viv Li

Durée : 1h25

Sortie : –

Note :

COMMENT SAVOIR ?

Berlinale, Visions du Réel, New Directors/New Films, Tiff Romania ou cette semaine Karlovy Vary : Two Mountains Weighing Down My Chest est probablement l’un des films les plus sélectionnés dans les grands festivals de cette première moitié d’année. Et cela peut se comprendre aisément tant le film parvient à allier questions profondes et forme ludique, énergie grisante et drôle de charme. Viv Li se met en scène dans ce documentaire tourné entre Pékin, New York et Berlin. La jeune femme voyage mais il ne s’agit pas de développement personnel bourgeois pour réseaux sociaux, et elle peut tout aussi bien rester bloquée (par le covid en Allemagne) ou revenir à la case départ. Ces zigzags composent un curieux kaléidoscope, au point où l’on se demande à intervalles réguliers : et là, on est où ?

Et là, où en est Viv Li ? Interrogée sur ses pronoms d’usage, Viv Li répond qu’elle imagine être she/her mais laisse la porte ouverte à la découverte. La vie est un terrain d’exploration infini et Viv Li est loin d’avoir tout vu ou tout entendu. Dans un camp naturiste allemand, dans une installation-cocon dédiée à la body positivity signée par la Néerlandaise Melanie Bonajo, seule avec un chat dans la nature chinoise (mais toujours surveillée par Mao) ou en pleine discussion à Central Park, Viv Li élargit ses horizons au fil de ses rencontres, ses échanges, ses écoutes. Le film est suffisamment humble pour que cette quête ne fasse pas d’elle quelqu’un qui se sentirait meilleure que les autres. Néanmoins, le contraste entre cette jeune femme à l’écoute du monde et sa famille crève les yeux. A table, parmi les éclats de rires et entre deux très bons plats, c’est la foire au complotisme, au racisme, aux avis donnés sur des endroits où l’on n’a jamais mis les pieds. Pire, la quête de savoir chez Viv Li devient motif de suspicion : « pourquoi tu t’intéresses à la politique de toute façon ? » questionnent des membres de sa famille pour qui l’existence semble si simple.

Mais, et c’est peut-être le tour de passe-passe le plus remarquable du film : la vie est peut-être plus simple pour la famille de Viv Li. Autour de la table, on aligne les certitudes, même dans un monde en lambeaux. Viv Li, elle, ne sait pas mieux et est davantage guidée par ses doutes. La jeune femme se perd dans le labyrinthe du monde, invoque le fantôme de Teresa Teng, cherche une communauté à intégrer. Two Mountains Weighing Down My Chest s’ouvre par une succession de petites scènes très courtes, comme ces documentaires qui mitraillent des images avant de se poser. Sauf que cette succession très vive, c’est la construction du film. Le brillant montage joue un rôle narratif fondamental dans le long métrage, par sa manière de faire dialoguer des séquences, par sa façon de mettre en scène les contrastes.

Par toutes ses petites touches, Two Mountains Weighing Down My Chest ne prend jamais vraiment la forme d’un documentaire « à grand sujet », et pourtant il aborde bien des questions existentielles. Viv Li écoute beaucoup, mais qui l’écoute elle ? Nous, et on a cette chance. Le film dépeint sa liberté chérie à elle : sa soif, sa conviction de ne pas savoir, son esprit critique, son humour face aux diktats. Two Mountains Weighing Down My Chest s’achève en un feu d’artifice pop qui figure avec éloquence la personnalité galvanisante de la cinéaste.

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par Nicolas Bardot

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