Festival de San Sebastian | Critique : Glaxo

Chivilcoy, 1957. Dans une petite ville tranquille d’Argentine, l’arrivée d’un ancien commissaire de police inquiétant et de sa femme séduisante brise le lien entre quatre jeunes hommes inséparables. Des décennies plus tard, le passé refait surface, les obligeant à affronter de vieilles blessures, la culpabilité et la possibilité de vengeance dans un pays qui a perdu son innocence.

Glaxo
Argentine, 2026
De Benjamín Naishtat

Durée : 1h46

Sortie : –

Note :

L’AVENTURE RÊVÉE

Etonnante carrière que celle, pourtant encore jeune, du cinéaste argentin Benjamin Naishtat. Révélé en 2014 à la Berlinale avec son premier (et son plus radical) long métrage, Historia del miedo, il a depuis emmené son cinéma sérieux dans des directions plus populaires et inattendues, changeant de registre à chaque étape jusqu’à connaitre son plus gros succès avec la comédie El Profesor (Puan). Fantaisiste et politique à la fois, cette fable sur l’Histoire avait remporté le Grand Prix de La Roche-sur-Yon en 2023 et deux prix majeurs à San Sebastian : le prix du scénario et le prix d’interprétation pour Marcelo Subiotto.

C’est à nouveau à San Sebastian et toujours en compagnie de ce dernier que l’on retrouve aujourd’hui Naishtat, mais s’il continue d’explorer les blessures historiques de son pays, il n’est pas question de comédie cette fois-ci. Glaxo est un film noir, mais un film noir particulièrement coloré. La direction artistique et la photographie composent un ensemble souvent chatoyant, souligné par la musique rêveuse de Shigeru Umebayashi, compositeur régulier de Wong Kar Wai. Analyste malin, Naishtat ne s’est pas embourgeoisé en rendant son cinéma plus accessible : le récit de Glaxo est certes tout en archétypes d’une autre ère (le nouveau poulain de la mafia locale couche en cachette avec la femme du parrain) mais la mise en scène vient épouser la subjectivité de ce jeune mec qui se fantasme en héros de film de gangster, sans réaliser la violence qui l’entoure.

« Ceci est l’histoire d’une trahison » nous prévient la voix off en introduction, mais de laquelle est-il question en réalité ? Naishtat parvient dans le même geste à être généreux envers nous tout en jouant jusqu’au bout avec nos attentes, il bâtit un scénario efficace où le suspens n’est pas qu’une question de coupable à révéler in fine. Glaxo ne se contente pas de changer de ton ou de style visuel ici et là, il change discrètement d’époque et de protagoniste. Le résultat ne devient jamais labyrinthique mais parvient à raconter sur le même plan une poignante histoire d’amitié et la pathétique fanfaronnerie de ceux qui ont profité de la dictature pour transformer le pays en décor pour leurs aventures rêvées. En dépit d’un imaginaire très masculin, le film offre une manière étonnante de parler d’Histoire.

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par Gregory Coutaut

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