Dans une ville oubliée où les hommes ont appris à survivre en gardant leurs sentiments enfouis et leurs paroles rares, un jeune mineur fauché dérive tranquillement dans une vie qu’il ressent à peine. Sa routine engourdie se brise avec l’arrivée d’une jeune femme énigmatique, qui éveille une curiosité endormie et la promesse de quelque chose de nouveau.
Border
Hong Kong, 2026
De Ah Biao
Durée : 1h18
Sortie : –
Note : ![]()
AU BORD DU MONDE
Border débute en sous-sol, dans un tunnel – avec tout ce que cela peut inviter comme lecture de l’inconscient. Sous la terre comme dans la rue, les protagonistes dans Border sont posés seuls comme dans des espaces liminaux. Dans son premier long métrage dévoilé en compétition au Festival de San Sebastian, le réalisateur d’origine chinoise Ah Biao privilégie le silence ou du moins l’économie de dialogues, que l’on se trouve dans la mine, dans les bains publics ou dans la ville. Les scènes sont courtes, et le minimalisme alimente efficacement une tension mystérieuse.
Ah Biao fait un usage remarquable du dépouillement : dans sa mise en scène, dans son écriture, dans sa direction d’acteurs. Il saisit la beauté lugubre de son décor, celui d’une cité décrépite et hantée – dans certains plans, on ne sait plus bien si l’on se trouve en ville ou en prison. Des touches de rose se dessinent dans le gris, puis tout à coup un surgissement : une femme apparaît de telle manière qu’elle pourrait aussi bien redisparaître comme un fantôme. Voilà qui modifie le cours du destin de Luo Jia, mineur taciturne qui semble se trouver jusqu’alors sous l’emprise (incestueuse?) d’un autre homme.
L’apparition très tardive du titre (et a fortiori un titre comme border) semble symboliser une césure dans le long métrage. L’intrigue garde certains de ses secrets, au risque de manquer de clarté à des moments clefs. Mais Border est néanmoins une solide découverte aux partis-pris prometteurs et à la narration visuelle inspirée. Le long métrage (production hongkongaise, américaine et coréenne) semble renouer avec un certain cinéma chinois d’il y a une quinzaine ou vingtaine d’années : on pense à des films tels que Blind Shaft de Li Yang, Winter Vacation de Hongqi Li ou aux premiers Diao Yinan – des récits où l’âpreté immersive fait des merveilles.
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par Nicolas Bardot
