Sur une île isolée battue par les vents au large des côtes chiliennes, Silvia vit de la récolte d’algues et mène une existence paisible aux côtés de son compagnon. L’arrivée d’un chiot errant, Yuri, illumine son quotidien. Lorsque l’animal disparaît soudainement, un traumatisme d’enfance refait surface.
La Perra
Chili, 2026
De Dominga Sotomayor
Durée : 1h52
Sortie : –
Note : ![]()
UN SOIR, UN CHIEN
De Jueves a Domingo, Tiger Award à Rotterdam en 2012 ; Mar, sélectionné au Forum de la Berlinale en 2014, ; Tarde para morir Joven, prix de la mise en scène à Locarno en 2019 et aujourd’hui La Perra à la Quinzaine des cinéastes à Cannes. Les quatre premiers longs métrages de la réalisatrice chilienne Dominga Sotomayor ont été célébrés comme ils le méritent dans les plus grand festivals européens, alors qu’est-ce qui explique leur absence injuste des salles françaises ? On espère que les premiers pas de Sotomayor sur la Croisette (ou presque : en 2021 elle signait un segment de l’anthologie The Year of the Everlasting Storm, présenté en Séance spéciale) vont permettre au public français d’enfin rencontrer son œuvre brillante. Ca tombe bien, La Perra est un bon point de départ pour ce faire.
Tout commence ici avec une scène presque sortie d’une légende. Près d’une île où l’on raconte que même la mer est susceptible de prendre feu, une petite embarcation de pêche trouve un chien nageant seul loin du rivage. Comment le toutou a-t-il pu arriver là et survivre ? Hop, la question n’a pas vraiment le temps de se poser parmi les habitants de ce petit village de pêche. L’animal est sauvé et c’est bien le principal. Silvia, héroïne solitaire et taciturne de ce film réaliste, peut bien l’adopter sur un coup de tête. Comme dans ses films précédents, Sotomayor fait preuve d’un talent d’écriture et de mise en scène pour donner vie en quelques esquisses à peine à des personnages vibrants d’un étrange secret intérieur.
Dire que La Perra raconte l’amitié entre une femme et une chienne reviendrait à ranger le film sur la même étagère que Marley et moi avec Jennifer Aniston. Ce serait surtout faux, car le récit ne prend pas les directions attendues. Dominga Sotomayor ne filme jamais ce dramatique paysage marin du sud du Chili comme un terrain propice aux cartes postales, et la photo du chef opérateur chilien Simone D’Arcangelo (remarqué à l’image de La Légende du roi crabe, Les Colons ou encore Queer de Guadagnino) participe beaucoup à l’envoutante atmosphère de mélancolie nerveuse qui plane sur le film. La réalisatrice n’a pourtant pas peur du lyrisme, comme le prouve une scène où une cascade vient se superposer à un visage incapable de pleurer. La Perra est riche en chansons populaires sentimentales entendues à la télé ou chantées au karaoké, mais Silvia n’est pas le genre d’héroïne à laisser ses émotions s’exprimer publiquement, même à un chien.
Dominga Sotomayor adapte ici librement le plus célèbre roman de l’autrice colombienne Pilar Quintana, dont l’œuvre est riche en personnages de femmes rebelles. Ici, ce n’est pas tant Silvia qui rue dans les brancards que le récit lui-même. La temporalité peut soudain s’accélérer en un raccord aussi saisissant qu’un bourrasque, un flashback peut prendre une telle importance qu’on ne sait même plus si on souhaite revenir à l’instant présent. Le film se paye même le joli culot de presque alterner entre ses deux héroïnes, allant jusqu’à abandonner Silvia par moments par mettre sa caméra au niveau du sol et suivre la chienne à la trace. Les films précédents de Dominga Sotomayor étaient des récits d’apprentissages où la jeunesse était à la fois ardente et contrariée. Révéler comment La Perra s’inscrit dans cette continuité équivaudrait à en révéler trop de surprises, mais le film confirme une nouvelle fois le talent romanesque de la réalisatrice, même pour celles et ceux qui n’aiment pas les chiens.
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par Gregory Coutaut
