Entretien avec Gessica Généus

Freda vient de remporter le Prix du meilleur premier film étranger décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma. Sorti l’automne dernier dans les salles françaises, Freda est le portrait d’une fière héroïne, porté par une énergie contagieuse qui nous offre sa part de quasi-jamais vu. Sa réalisatrice, l’Haïtienne Gessica Geneus, nous a réservé en exclusivité ses premières réactions suite à ce prix.


Vous venez de remporter le Prix du meilleur premier film étranger décerné par le SFCC. Quelle résonance prend cette reconnaissance critique dans votre parcours de cinéaste ?

Je crois que c’est probablement l’une des reconnaissances les plus puissantes qu’on puisse avoir ! Parce que la France c’est quand même le berceau du cinéma d’auteur et du cinéma tout court, avec tout ce que cela implique de révolutionnaire. En plus la critique ! Des professionnels qui regardent énormément de films, on a le sentiment qu’on ne peut rien leur faire découvrir. Donc à la jeune réalisatrice que je travaille à être chaque jour, ce prix dit : ne lâche rien ! Et ça fait énormément de bien. J’en suis honorée.

Avec le recul, qu’est-ce que la présentation de Freda au Festival de Cannes a changé dans la carrière de votre film ?

Ça a tout changé. Premièrement, ce moment partagé avec une grande partie de l’équipe du film a eu une résonance particulière en Haïti qui cherchait une bouée de sauvetage après la mort de Jovenel (l’ancien Président de la République d’Haïti assassiné en juillet 2021, ndlr). Quand ils nous ont vus à Cannes, ça leur a redonné un peu le sourire ; mais surtout des larmes de tristesse de voir tout ce que nous voulons et pouvons offrir malgré les nombreuses embûches qui existent sur notre chemin en Haïti. Et depuis la première à Cannes, le film voyage énormément, je rencontre beaucoup de professionnels du milieu et qui veulent accompagner mon prochain film. Et faire mon prochain film dans de meilleures conditions, c’est mon plus grand souhait.

Le film a-t-il été vu en Haïti et si oui, comment a-t-il été perçu ?

Le film a été vu par à peu près mille personnes en Haïti. J’avais fait une projection pour récolter des fonds pour le grand sud qui avait été affecté par un tremblement de terre. Le plus grand choc pour les spectateurs, c’est la proximité que la plupart d’entre eux ont avec les situations et les personnages du film. Ils ont été choqués de voir comment tout est précis et correspond parfaitement à la situation actuelle du pays. Ce miroir n’est pas confortable pour tout le monde, évidemment.

Comment avez-vous vécu la sortie française de Freda à l’automne dernier ?

La magie d’avoir pu suivre le film un peu partout en France et de voyager à travers ce film en Haïti chaque soir avec un public, ça n’a pas de prix. Les salles qui étaient souvent remplies pendant les projections/débats et les gens qui avaient cette curiosité intarissable m’ont fascinée.

En quoi était-il important pour vous d’apporter, comme vous l’avez indiqué, un point de vue féminin sur la société haïtienne ?

Je voulais voir les personnes avec qui j’ai grandi et j’ai grandi avec les femmes. C’est vraiment aussi simple que ça. Donc évidemment, ma vision correspond à comment j’ai vécu dans ce pays et Freda est très très très proche de ma réalité.

Avez-vous de nouveaux projets ?

J’écris ma prochaine fiction en ce moment…

Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

Pedro Almodóvar m’inspire beaucoup. J’adore tout ce qu’il fait au cinéma. Il y a également Euzhan Palcy m’a inspirée à passer derrière la caméra. Après je regarde tellement de choses : beaucoup de films d’Asie, pas assez de l’Amérique du Sud mais j’adore le documentariste Patricio Guzmán…

Quelle est la dernière fois où vous avez eu le sentiment de voir quelque chose de neuf, de découvrir un nouveau talent ?

Aux Journées cinématographiques de Carthage en Tunisie, j’ai vu L’Indomptable feu du printemps. J’ai été stupéfaite. Émerveillée. Inspirée. Émue. C’est un bijou, ce film de Lemohang Jeremiah Mosese, qui n’est pas vraiment un nouveau talent mais j’avais envie d’en parler.

Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 17 février 2022. Un grand merci à Dany de Seille.

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