Festival de Cannes | Critique : Un monde entre nous

« Hé — et si je te disais que j’étais un extraterrestre ? » Dans une petite ville japonaise, la trahison silencieuse d’un garçon ordinaire déclenche une chaîne d’événements qu’il passera le reste de sa vie à tenter d’oublier.

Un monde entre nous
Japon, 2026
De Kohei Kadowaki

Durée : 1h57

Sortie : prochainement

Note :

NOS VIES MARTIENNES

Il n’est pas question d’extraterrestres dans We Are Aliens (qui sortira en France sous le titre Un monde entre nous). Du moins pas exactement. Les deux jeunes protagonistes se sentent certes si isolés dans leur propre école qu’ils pourraient bien vivre sur une autre planète, et l’un d’entre eux a l’air de tellement peu maitriser le tact et autres codes sociaux qu’il pourrait bien venir d’une autre galaxie. Premier long métrage du cinéaste japonais Kohei Kadowaki, Un monde entre nous raconte une histoire bien terrestre. Ce n’est peut-être pas une histoire très agréable à entendre mais elle a bien lieu parmi nous.

Tsubasa et Gyotaro se rencontrent sur les bancs de l’école. L’un est timide, l’autre un peu fou, ou peut-être beaucoup fou. Leurs solitudes s’emboitent mais donnent vite lieu à des étincelles. Malgré ses bonnes intentions, le caractère ingérable de l’envahissant Gyotaro transforme chaque interaction en chaos et plonge progressivement le sage Tsubasa dans l’angoisse et le ressentiment. Voilà un sujet rarement traité avec l’attention ou le sérieux qu’il mérite : la violence psychologique insoupçonnée qui peut exister dans les relations entre enfants, et l’impact que celles-ci peuvent avoir sur ses derniers quand ils deviennent adultes.

Ni film pour jeune public ni séance de minuit éprouvante, Un monde entre nous est un drame sont la singularité nait de l’alliance inattendue de ce récit rude avec une forme colorée et dynamique. Kadowaki, qui cite Sylvain Chomet en référence sans que cela saute vraiment aux yeux, utilise une rotoscopie au rendu étonnant. Les traits habituellement fins se font parfois brutaux, et les visages enfantins se retrouvent presque subliminalement déformés, les yeux cernés et protubérants comme des personnages de Junji Ito.

Un rayon de soleil qui vient balayer un foyer cosy, accompagné de notes de piano berçantes… Un monde entre nous a beau respecter certains codes narratifs qui font souvent relier l’animation japonaise à quelque chose de doux et délicat, sa manière de se confronter si ce n’est au malaise (le mot est sans doute trop fort) mais plutôt à l’amertume évoquerait plutôt des référence coréenne à la King of Pigs. Le scénario fait parfois preuve d’un manque de lisibilité mais il se déploie avec un souffle romanesque. A l’écrit comme à l’image, voilà un film qui possède sa propre patte.

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par Gregory Coutaut

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