Semaine de la Critique 2026 : focus sur la sélection courts métrages

La nouvelle édition de la Semaine de la Critique débute ce mercredi et durera jusqu’au 21 mai. A cette occasion, nous vous proposons en preview un tour d’horizon de la brillante sélection courts métrages. 10 courts en compétition, 3 autres en séance spéciale, et autant de récits éclectiques, audacieux et surprenants.



• Adgwa-Ata, Zsuzsanna Kreif (compétition)
L’histoire : Enlevées par une tribu de la jungle pour subir une initiation brutale, trois adolescentes pénètrent dans une dimension divine où apprivoiser leurs animaux totems, des serpents géants, devient le seul moyen d’accéder à l’âge adulte.
Pourquoi il faut le voir : Êtes-vous prêtes à partir pour le plus lointain et mystérieux des voyages ? Adgwa-Ata de la Hongroise Zsuzsanna Kreif est une expérience immersive quelque part entre la fable féministe, le film de cannibales 70s et la science-fiction futuriste. Rempli d’images fortes aux couleurs puissantes, ce court jouissif, vertigineux et au riche imaginaire promet d’être l’un des sommets de ce Festival de Cannes.



• À quoi rêvent les Maknines, Sarra Ryma (compétition)
L’histoire : À quoi rêvent les Maknines raconte l’errance existentielle de deux jeunes Algériens, qui s’apprêtent à tout quitter pour traverser la Méditerranée. Le temps d’une journée, le film invite à s’égarer avec ce couple atypique, à vivre leur solitude, à les accompagner dans leurs déambulations, à partager leurs passions et leurs peurs, et à souffrir de leurs au revoir.
Pourquoi il faut le voir : Dans A quoi rêvent les Maknines, la Franco-Algérienne Sarra Ryma filme une joie voilée de tristesse – et réciproquement. La cinéaste dépeint de manière chaleureuse la tendre relation et les rêves de jeunes gens à « Alger la sévère » comme le dit un rappeur. C’est un lien amour-haine sur l’endroit d’où l’on vient qui est décrit dans cet attachant court, où de grands adolescents se sentent comme en cage.



• City of Owls, Zhenia Kazankina (compétition)
L’histoire : Le dernier soir avant son départ, Vera couche sa petite sœur. Afin de lui cacher la véritable raison de son départ, elle lui récite un conte pour s’endormir. C’est l’histoire d’une ville engloutie par une nuit éternelle.
Pourquoi il faut le voir : C’est une histoire pour s’endormir – et pour rêver. D’origine russe et désormais établie en Italie, Zhenia Kazankina compose un conte ensorcelant au profond pouvoir métaphorique sur un monde où la nuit est tombée pour toujours. Ce rayonnant film de nuit révèle une cinéaste dont la mise en scène est inspirée, poétique et envoûtante. City of Owls est un songe triste et merveilleux dont le scintillement a un pouvoir magique.



• Class Photo, Arnas Balčiūnas (compétition)
L’histoire : Alors qu’il retourne voir son ancienne école, laissée à l’abandon, Ignas croise un ancien camarade. Errant dans ces couloirs chargés de souvenirs contradictoires, ils tentent de saisir ce qui est sur le point de disparaître.
Pourquoi il faut le voir : La salle de classe est un catalyseur de souvenirs, a fortiori quand celle-ci se trouve dans une école abandonnée depuis des lustres. Ce lieu fantôme est mis en valeur par la remarquable mise en scène du talentueux Lituanien Arnas Balčiūnas, avec un usage dynamique du cadre et de la profondeur de champ. Sens dessus dessous, l’école baignée de silence est comme une allégorie sensible de ce que ses enfants aujourd’hui adultes sont devenus.



• I Think You Should Be Here, Anna-Marija Adomaitytė & Élie Grappe (séance spéciale)
L’histoire : Non loin de Genève, sept jeunes filles, au seuil de l’âge adulte, se remémorent dans leur chambre les paroles et les danses TikTok qui ont façonné leur jeunesse. Entre mémoire intime et collective, elles déambulent de chambre en chambre et traversent en dansant cette dernière nuit hors du temps ; en quête de liens et d’identité, elles poussent leurs gestes jusqu’à l’épuisement.
Pourquoi il faut le voir : Remarqué à la Semaine avec son long Olga, le Suisse Élie Grappe s’associe à la danseuse lituanienne Anna-Marija Adomaitytė pour ce court hors normes. I Think You Should Be Here offre une perspective inédite sur le récit d’apprentissage avec ses ados réalisant des chorés sur TikTok. La danse est un langage codé entre les filles, le temps passe, et la vidéo futile devient un lien secret, une connivence envoûtante. Puis vient cette question à la fois naïve et poignante : « Si tu quittes TikTok, tu te souviendras de moi ? ».



• Love Story, Laïs Decaster (séance spéciale)
L’histoire : Un soir, mon amie Alyssa me fait une confidence : elle vient d’entamer une relation amoureuse mais l’histoire est déjà bancale ! Au fil des mois, je la retrouve pour écouter la suite de ses péripéties. Peu à peu, sa sœur et nos amies se joignent à nos conversations et donnent, tour à tour, leur avis sur la situation.
Pourquoi il faut le voir : Fraichement nommée aux César pour son court métrage Car Wash, la Française Laïs Decaster signe une charmante comédie fauchée dans l’esprit des premiers Sophie Letourneur. Ce documentaire de salon, ultra-minimaliste dans son dispositif mais qui s’étale pourtant sur des mois avec de plus en plus de protagonistes, parle d’amour, de couple, de cul. Mais entre les clopes et les bouteilles de rosé se dessinent en creux le sujet du film et son cœur battant : l’amitié féminine.



• Man’mi, Aude N’Guessan Forget (compétition)
L’histoire : Le grondement d’une rivière et le cri d’un grand calao qui résonne dans une forêt tropicale… Flora, une petite fille métisse de six ans, se raconte une histoire. Soudain la voix de sa maman, Hortense, la ramène à la réalité. À leur réalité : une vie modeste, pleine de tendresse, de moments joyeux partagés avec les tantes baoulées. Pourtant, une ombre imperceptible plane sur leur bonheur… Les souffrances d’Hortense, atteinte d’une maladie génétique, s’immiscent insidieusement dans leur quotidien.
Pourquoi il faut le voir : Au croisement de la légende immémoriale et du fait divers tragique, Man’mi se distingue par son utilisation gracieuse du réalisme magique. Ce drame qui semble d’abord sans drame dépeint finement les combats invisibles face au racisme systémique. La Française Aude N’Guessan Forget parvient avec délicatesse à se mettre à hauteur d’enfant dans un film qui examine de manière glaçante le syndrome méditerranéen.



• Nafron, Daood Alabdulaa (compétition)
L’histoire : Dans un pays en plein éveil, une femme d’âge mûr déambule dans les rues de Damas, déchirées par la guerre. Quelques semaines à peine après la chute d’Assad, ayant comme perdu la mémoire, elle se cherche. Lorsque son chemin croise celui d’Amira, les deux femmes pourraient changer la vie l’une de l’autre, chacune trouvant chez l’autre les réponses qu’elle cherche.
Pourquoi il faut le voir : Hanté et majestueux, Nafron du réalisateur d’origine syrienne Daood Alabdulaa impressionne par la force de sa mise en scène. Alabdulaa filme la mémoire blessée de la ville (immeubles éventrés, cimetière géant, murs abimés) et dépeint son peuple – quelques silhouettes, quelques fantômes. Son minimalisme inspiré (épure narrative, silence magnétique) possède un grand pouvoir suggestif dans ce stupéfiant décor post-apocalyptique.



• La Sentinelle, Ali Cherri (séance spéciale)
L’histoire : 14 juillet, jour de fête nationale. Dans une caserne rythmée par les rituels militaires, le sergent Lafleur semble écrasé par le poids silencieux du devoir. Un médecin lui accorde une nuit de liberté, à condition de revenir avant l’aube. Commence alors une errance nocturne, au cœur d’un monde qui se dérobe peu à peu au réel. Une nuit suspendue entre destin et abandon.
Pourquoi il faut le voir : Cinéaste et plasticien d’origine libanaise, Ali Cherri s’est déjà imposé comme une voix importante du cinéma contemporain avec des films tels que Le Barrage (Quinzaine 2022) et Le Guetteur (Rotterdam 2024). Les flamboyants artifices dans La Sentinelle viennent souligner de manière saisissante l’état incertain dans lequel se trouve un soldat coupé du monde et de ses émotions. Un film au propos frappant, méticuleusement composé.



• Skinny bottines, Romain F. Dubois (compétition)
L’histoire : Un pickpocket aux doigts de fée a une dernière journée pour rembourser son ex, dont il a trahi la confiance. Faute de complice, il se rabat sur son cousin Pinpin, que sa tante lui a confié jusqu’au lendemain.
Pourquoi il faut le voir : Cousin québécois contemporain des thrillers américains 70s de mauvais garçons, Skinny bottines du Canadien Romain F. Dubois est une comédie à l’impressionnant rythme échevelé. Mais ses protagonistes paumés et profondément losers ne sont pas que des clowns : derrière le rire au galop apparaît une tension angoissée. Ces tonalités contrastées offrent au film un relief attachant, intranquille et hors des formules redoutées.



• « Vaterland » or A Bule Named Yanto, Berthold Wahjudi (compétition)
L’histoire : Quand Yanto, un jeune homme germano-indonésien d’une vingtaine d’années rend visite à sa petite sœur à Yogyakarta, il s’attend à de simples retrouvailles, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’elle y trouve sa place bien plus facilement que lui. À mesure que jalousies et dissonances émergent entre frère et sœur, le séjour de Yantos devient une exploration douce-amère de l’identité métisse.
Pourquoi il faut le voir : « Vous venez d’où ? », demandent des flics racistes à Yanto dans un train. Mais en Allemagne où il a été élevé ou en Indonésie d’où viennent ses parents, Yanto est toujours perçu comme venant d’ailleurs. De micro-agressions racistes en délicats questionnements sur l’identité, le Germano-Indonésien Berthold Wahjudi compose un portrait doux-amer où la solitude du protagoniste est nuancée par le regard chaleureux du cinéaste.



• Visite en terre irradiée, Anne-Sophie Girault (compétition)
L’histoire : Sophie organise des visites touristiques dans la zone d’exclusion de la centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne. À la suite de la catastrophe survenue quelques années plus tôt, elle propose aux curieux du monde entier de revêtir une combinaison, de se munir d’un masque et d’un dosimètre et de parcourir en gyropode ces terres irradiées où travaillent les décontaminateurs. Un tour mené par une guide du cru qui n’a plus grand chose à perdre et beaucoup à gagner.
Pourquoi il faut le voir : Réalisé à partir d’une technique d’animation très singulière, Visite en terre irradiée est une drôle de fable écologiste qui mêle avec culot terreur du désastre nucléaire et rire insouciant. Le parti-pris visuel de la Française Anne-Sophie Girault donne une vibration particulière à la mise en scène de l’invisible et son dépouillement guide le regard avec intelligence. Ce court d’animation est un film visuellement unique et au ton surprenant.



• What Do You Seek in the Dark ?, Tossaphon Riantong (compétition)
L’histoire : Un jeune homme décide de se rendre dans un vieux cinéma connu pour être un lieu de rencontres gay. Mais alors qu’il tente de se défaire de sa solitude et de son désir, le cinéma semble prendre vie, le regardant, le tentant et le fixant dans le noir.
Pourquoi il faut le voir : La salle de cinéma filmée comme un lieu de cruising – le lieu de cruising filmé comme une salle de cinéma : l’un et l’autre se regardent en miroir dans ce beau film au temps arrêté, quelque part entre Serbis de Brillante Mendoza, Démons de Lamberto Bava et Goodbye Dragon Inn de Tsai Ming-liang. Le Thaïlandais Tossaphon Riantongsigne une séduisante rêverie sur celles et ceux qui s’immergent délicieusement dans le noir pour s’y aimer.



Nicolas Bardot

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