Festival de Cannes | Critique : Gabin

Dans le Nord de la France, Gabin, le petit dernier de la famille Jourdel, est destiné à reprendre la boucherie de son père. Tiraillé entre loyauté familiale et envies d’échappées, il a d’autres rêves : dresser une vache de concours, devenir éleveur canin, sauver la ferme de sa mère de la faillite. Gabin nous plonge dans la vie de ce jeune garçon, de ses 8 à 18 ans.

Gabin
France, 2026
De Maxence Voiseux

Durée : 1h45

Sortie : 18/11/2026

Note :

TENDRES ANNÉES

« Pourquoi tu me regardes comme ça ? » : la première phrase de Gabin de manque pas de sel, à fortiori dans le cadre d’un documentaire tellement centré sur son jeune protagoniste qu’il prend pour seul titre son prénom. Lorsqu’il prononce cette phrase, le jeune Gabin ne sait peut-être pas pourquoi le cinéaste Maxence Voiseux le filme avec autant d’attention. Sait-il déjà que cette attention va durer des années, et que le tournage va s’étaler sur la dizaine d’années composant son adolescence ?

Gabin appartient en effet à cette famille de documentaires dit « au long court ». Boyhood est toujours cité en référence pour qualifier cette famille mais depuis cette fiction datant d’il y a déjà douze ans, il y a eu de très nombreux documentaires utilisant une formule similaire, suffisamment pour qu’il n’y ait désormais plus une édition de festival de documentaires qui ne montre un nouvel exemple de cette recette bien identifiée. L’alliance a priori contraire d’un sujet familial intime et d’une échelle temporelle vaste crée une sensation souvent forte, mais à laquelle il n’est pas aisé d’apporter beaucoup de variations. Avec son immersion sans commentaire et sans réels entretiens, on ne peut pas dire que Gabin vienne révolutionner cette formule désormais familière, mais il fait le job et parvient à éviter plusieurs pièges en cours de route.

Enfant de la campagne, Gabin n’est regardé ni avec condescendance ni avec pittoresque. Il faut dire que Maxence Voiseux connait déjà bien la famille de Gabin, à qui il a déjà consacré plusieurs courts métrages documentaires (Des hommes et des bêtes et Les Héritiers). Pour un film sur un jeune homme décidant de suivre sa propre voie loin des désirs de ses parents, Gabin possède finalement très peu de scènes de conflit, et c’est paradoxalement dans cet angle inattendu que le film trouve sa personnalité. C’est au contraire un sentiment de douceur et de chaleureuse confiance entre membres d’une même famille que Maxence Voiseux met ici en scène sans naïveté. S’il manque sans doute de quelque chose de plus unique ou surprenant, le résultat s’avère délicat et très facile d’accès.

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par Gregory Coutaut

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