Critique : Mad God

Un Assassin surgit des abysses dans une cloche à plongée et s’enfonce au cœur d’un univers infernal peuplé de créatures mutantes et de scientifiques fous. Bientôt capturé, il devient la victime du monde qu’il est chargé de détruire…

Mad God
États-Unis, 2021
De Phil Tippett

Durée : 1h23

Sortie : 26/04/2023

Note :

PLANÈTE SAUVAGE

Dans la première scène de Mad God, un scaphandre descend dans un monde inconnu. C’est presque un reflet de notre propre expérience de spectateur, sur le point de plonger nous aussi en apnée dans ce film-monde chaotique. L’univers de Mad God est un pandémonium en stop-motion fait de visions monstrueuses et infernales. Sans dialogues ou presque (hormis quelques cris de bébé), nappé d’une musique industrielle répétitive, ce cauchemar ressemble à un labyrinthe dont on perdrait d’emblée le fil d’Ariane. Tenter d’en trouver la sortie est tant éreintant que fascinant.

Le protagoniste sans visage va de rencontre en rencontre, sans qu’il n’y ait pour ainsi dire d’autre scénario à se mettre sous la dent. Sur ce point le film est tellement minimaliste qu’on pourrait presque le qualifier d’expérimental. En revanche, nos appétits et nos yeux ont de quoi être rassasiés par un pharaonique bestiaire démoniaque. La variété des créatures faites de moutons de poussière, de fils électriques ou d’éléments organiques impossibles à identifier génère un inquiétant malaise, accentué par le coté anachronique du stop-motion. Il y a là peut-être davantage d’échos au cyberpunk japonais des années 90 qu’aux effets spéciaux hollywoodiens des années 80.

Star Wars, Indiana Jones, Robocop, Jurassik Park, Starship Troopers, etc… la filmographie du spécialiste en effets spéciaux Phil Tippett a d’ailleurs de quoi laisser rêveur. Comment en est-il venu à réaliser son premier propre long métrage (si l’on fait exception de la commande Starship Troopers 2) à 70 ans? En y passant… plus de 30 ans. Comme si ce film d’animation n’était déjà pas assez fou comme ça, le générique de Mad God précise l’air de rien que le tournage s’est effectivement étalé de 1987 à 2020. L’écart est tellement gigantesque qu’il faut un certain temps pour bien digérer l’information. Combien de films peuvent ainsi de vanter de couvrir un pan de temps aussi immense? Mad God est un projet dément, l’œuvre d’un démiurge, mais c’est sa dimension extra-filmique de capsule temporelle qui lui donne l’aspect humain et émouvant qui lui manque peut-être ailleurs.

par Gregory Coutaut

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