Festival de San Sebastian | Critique : Lovers Sleep Alone

Iman a construit sa vie à Berlin autour de l’absence. De sa famille, de l’Iran, du fait d’être connu. Il remplit le silence avec le travail, des histoires inventées, et des nuits avec un homme qu’il rencontre pour du sexe dans le parc. Quand sa cousine, qu’il connaît à peine, arrive de Téhéran pour une brève visite, ce qu’il a laissé derrière lui revient silencieusement.

Lovers Sleep Alone
Allemagne, 2026
De Massih Parsaei

Durée : 1h25

Sortie : –

Note :

JE MARCHE SEUL

Le temps d’un raccord délicat mais saisissant entre deux des premiers plans du film, un vertige nous prend : sommes-nous à l’intérieur d’un dortoir ou dans une forêt par une nuit glacée ? Les hommes allongés aux yeux clos que nous voyons sont ils endormis ou bien déjà décédés ? Iman passe certes pas mal de temps allongé au quotidien (sur son canapé solitaire ou bien au pied d’un arbre sur une aire de cruising glacial), mais il est bien vivant. Une fois debout, il marche même beaucoup. Les longs travelling latéraux l’accompagnant de profil dans les rues de Berlin sont là pour nous le prouver.

Les messages vocaux, en farsi, qu’il écoute lors de ces déambulations laissent imaginer un hors champ familial qui n’a rien de très évident. D’ailleurs Iman semble à peine connaitre cette cousine qui traverse pourtant le continent pour venir le voir. Mais qui connait Iman? Autour de lui, la grisaille du ciel et des rues de la capitale n’ont rien d’accueillant. Il marche mais ne parait jamais arriver à destination. Nul ne l’attend et même quand il a un partenaire sexuel, il a effectivement l’air seul. Les jours se suivent, les actions et les silences se répètent et une étrange tension se bâtit peu à peu.

Composé de plans délibérément longs où les actions ne sont pas légion, Lover Sleep Alone pourrait avoir l’air de charger un peu trop la mule. Il y a pourtant quelque chose d’intrigant à voir le jeune réalisateur Massih Parsaei choisir, pour son premier long métrage, de remonter le temps jusqu’aux premiers films de l’Ecole de Berlin (on pense à Fantômes de Petzold ou aux premiers Schanelec). Il manque sans doute au résultat quelque chose de plus unique ou immédiatement contemporain à offrir pour ne pas rester pleinement dans l’ombre de ces belles références, mais tout austère qu’il soit, Lover Sleep Alone fait pourtant preuve d’un intrigant mystère dans sa mise en scène et ses cadrages, ainsi qu’une dimension paradoxalement attachante, sans doute due à la performance vulnérable de l’acteur principal.

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par Gregory Coutaut

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