Festival de Locarno | Critique : Hearing

Ninh vit avec sa mère, mais son ex-femme comme leurs enfants lui manquent. Mécanicien, il installe des sonomètres dans des espaces publics et des habitations, et observe le silence qui hante les relations humaines. Souhaitant que ses parents, qui sont séparés et ne se parlent plus, se réconcilient, sa crainte de perdre le contact avec ses proches le force à faire face aux aléas des rythmes de la vie.

Hearing
Vietnam, 2026
De Lê Bảo

Durée : 2h08

Sortie : –

Note :

LUMIÈRE SILENCIEUSE

De quels jeunes cinéastes (comme ici avec le Vietnamien Lê Bảo, qui ne signe que son second long métrage) peut-on dire qu’on reconnaît la patte en un plan ? C’est le cas avec Hearing, où l’on retrouve le style unique du réalisateur de 36 ans, auteur en 2021 du magnifique Taste resté malheureusement inédit en France. Dévoilé en compétition au Festival de Locarno, Hearing s’ouvre dans un appartement qui semble voisin de celui de Taste, sauf qu’il est ici rempli de fleurs – comme si quelque chose avait fini par y éclore. On retrouve très vite dans ce nouveau film la réalité à la fois rêveuse et poétique qui caractérise les récits du cinéaste. Dans Taste, on se demandait quelle mystérieuse malédiction planait sur les protagonistes. Dans Hearing, les thématiques sont plus terre-à-terre avec un récit familial sur l’incommunicabilité.

On en entend pourtant des choses, dans Hearing, qu’il s’agisse du brouhaha d’un resto, du tumulte techno dans un club ou du concert nocturne de la nature. On entend, mais les protagonistes écoutent-iels ? Le personnage principal installe de curieux sonomètres comme s’il cherchait autant à enregistrer les sons que les silences. Comme s’il allait percer les secrets de la jungle, ou des relations humaines. C’est le silence entre ses parents, le silence avec son ex-épouse. Hearing dépeint la violence transmise des mecs, à qui il faut peut-être deux heures de film pour présenter des excuses. Les protagonistes sont tellement silencieux qu’ils sont tantôt paisibles tantôt figés dans une stupeur comme des personnages de tragédie. Mais rien n’interrompt bien longtemps le bruit.

Alors que le déroulé narratif de Taste avait quelque chose de plus organique, celui de Hearing, surtout dans sa deuxième partie, est parfois plus arbitraire. Le film compense néanmoins avec une générosité visuelle sans pareille, à la fois flamboyante… et pourtant discrète. C’est le genre de contraste subtil qui habite le cinéma de Lê Bảo, avec notamment son utilisation prodigieuse de la lumière : Hearing est à la fois très sombre et pourtant lumineux, avec des sources lumineuses dans le plan (sur les visages, sur la nature nocturne) dont on a du mal à deviner la provenance. Ce n’est pas un traitement immédiatement spectaculaire, mais il est pourtant magnifique, avec un travail sur des compositions rigoureuses et une riche utilisation de la profondeur de champ. Hearing est très clairement l’une des mises en scène les plus remarquables de l’année.

Le quotidien dans Hearing semble hors du monde et hors du temps. Il y a en effet quelque chose de magique qui traverse le long métrage, qui habite la mangrove et les collines brumeuses. Même les singes dans la jungle semblent obéir à une grâcieuse chorégraphie. Des rayons de soleil percent : est-ce une simple lumière ou une manifestation merveilleuse ? Cette énigme persiste dans Hearing, fascinante contemplation humaine qui évoque ce que le cinéma de Tsai Ming-liang peut avoir de plus câlin mais aussi de fulgurant visuellement. On espère que ce jeune auteur majeur trouvera la reconnaissance qu’il mérite.

| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |

par Nicolas Bardot

Partagez cet article