Festival Visions du Réel | Critique : Iron Butterflies

Eté 2014, les champs de tournesol et les mines de charbon de l’est de l’Ukraine deviennent une scène de crime de 12 kilomètres carrés. Iron Butterflies montre une enquête à plusieurs niveaux sur un crime de guerre qui reste encore impuni : la destruction du vol MH17.

Iron Butterflies
Ukraine, 2023
De Roman Liubyi

Durée : 1h24

Sortie : –

Note :

L’IMAGE MANQUANTE

Iron Butterflies est un documentaire ukrainien qui aborde frontalement la corruption et le conflit armé à la frontière de la Russie, néanmoins les faits qu’il relate ne datent pas d’aujourd’hui mais d’il y a plus de huit ans. Le 17 juillet 2014, un avion a été abattu par tir de missile alors qu’il traversait le ciel au niveau de la région du Donbass. Il ne s’agissait pourtant pas d’un vaisseau espion piloté par un ennemi mais d’un vol Malaysia Airlines qui transportait des touristes d’Amsterdam à Kuala Lumpur. La catastrophe ne fait aucun survivant et aujourd’hui encore, l’affaire n’est toujours pas pleinement élucidée.

En s’écrasant dans ce coin presque désert de la campagne ukrainienne, les débris ont créé au sol une scène de crime de douze mètres carrés. Pour faire le tour de cette zone au propre comme au figuré, pour tenter de dénicher un sens à cet événement d’une violence absurde, il fallait sans doute faire un pas de coté et de fait, Iron Butterflies n’est pas un documentaire à la forme classique. Il s’agit d’un montage, sans commentaires ni intervenant, de différentes images contemporaines ou anciennes, privées ou publiques, documentaires ou non. Les images captées aux téléphones par les premiers arrivés sur place côtoient les versions officielles données par les journaux télé de différents pays, des films d’entreprise de vendeurs d’armes alternent avec des images du conseil de sécurité des Nations Unies, etc.

A l’exception de scènes de danses interprétatives qui se mélangent mal au reste et viennent même l’alourdir, cette mosaïque a quelque chose de brut et mystérieux. Plutôt que d’être frustrante, l’absence de réponse définitive rend au contraire le résultat intrigant. Car Iron Butterflies ne prétend pas se substituer à l’enquête toujours en cours, il ne s’agit pas d’un film de reconstitution. Ici ce sont les images qui parlent, ou plutôt ce sont les images que l’on interroge. En montrant comment un même événement peut donner lieu à des images de propagande elles-mêmes violentes, le but du cinéaste Roman Liubyi est de mettre en lumière le pouvoir politique des images. Et en nous parlant de 2014, il nous parle aussi bien sûr des images d’aujourd’hui.

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par Gregory Coutaut

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