Festival National du Film d’Animation | Entretien avec Deborah Chang

Sélectionné en compétition au Festival National du Film d’Animation de Rennes, Les Nœuds du destin est réalisé par la Française Déborah Chang. Ce court métrage revient avec sensibilité sur la politique de l’enfant unique en Chine, et compose un émouvant témoignage familial qui mêle avec finesse animation et documentaire. Déborah Chang nous en dit davantage sur son film.


Quel a été le point de départ des Nœuds du destin ?

Tout commence avec le reportage Arte Chine : Naître et ne pas être qui a provoqué chez moi une curiosité, une remise en question profonde sur mon identité, sur qui je suis, qui j’aurais pu être… J’avais déjà connaissance de la politique de l’enfant unique en Chine, mais je pensais qu’elle touchait la génération de mes grands-parents et celle de mes parents. Je ne m’étais donc jamais renseignée davantage sur le sujet puisqu’elle ne me touchait pas directement. Grâce au documentaire, je m’y suis enfin confrontée, j’ai compris que je faisais partie de cette génération à qui l’on a interdit de naître, d’exister, de vivre dans une fratrie.

L’idée d’en faire un film ne m’est pas venue naturellement. Au départ, c’était simplement un sujet que j’explorais dans mon coin, en posant des questions à ma mère, aux membres de ma famille, en lisant des ouvrages, des articles, etc. Puis j’ai intégré le master cinéma d’animation à l’ISCID, où nous avons 2 ans pour réaliser notre film de fin d’études. C’est dans ce cadre-là que des mots ont été prononcés autour de mes questionnements sur la politique de l’enfant unique, c’était un sujet qui me trottait beaucoup dans l’esprit, et à partir de là, réaliser un court métrage d’animation abordant ce sujet est devenu une nécessité.



En quoi l’animation vous a permis d’avoir une perspective particulière pour ce récit documentaire ?

J’ai choisi de raconter mon histoire à travers le film d’animation afin de partager ce récit intime et familial avec ma sensibilité, mes moyens d’expression et mon écriture graphique. L’animation peut tout représenter, reconstituer, il était donc naturel que je me tourne vers cette technique pour accompagner le témoignage de ma mère, afin de représenter des faits assez crus, de manière symbolique et graphique. L’animation me permet également de reconstituer des éléments d’archives qui me manquaient, et de donner vie à des évènements du passé que je n’ai pas connus mais que j’imagine et que je tente de m’approprier par le dessin d’animation.



Pouvez-vous nous parler du style d’animation que vous avez choisi pour raconter cette histoire ?

Pour ce court-métrage d’animation je voulais transposer l’enquête que j’ai menée sur le sujet. Elle se compose de plusieurs éléments hétéroclites, tels que des photographies, des textes, des archives, des témoignages… Il était donc primordial pour moi de mélanger plusieurs techniques d’animation et de la prise de vue réelle pour mettre en scène tous ces éléments. Le carnet est pris sur banc-titre, pour lui donner une présence authentique, inscrit dans l’espace intime de mon bureau. Il y a principalement de l’animation traditionnelle avec l’utilisation de différents outils tels que le crayon, l’encre de chine pour l’animation des caractères chinois par exemple, l’aquarelle etc, et le fil est animé en 2D digital. Dans ma pratique artistique en animation, j’aime explorer le mélange des différentes techniques d’animation, je suis plutôt du côté de l’artisanat, j’ai ce besoin de toucher, d’être en contact avec la matière, et je voulais vraiment que le rendu du film se rapproche de ma pratique de carnet, avec des prises de notes à la volée, des collages, des dessins à la ligne, en couleurs, etc.



Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

Beaucoup de cinéastes m’inspirent au quotidien, difficile de choisir mais je dirai Florence Miailhe, parce qu’elle a inspiré la scène d’ouverture de mon film, et que j’apprécie beaucoup son travail, sa manière de raconter des histoires, sa maîtrise de la peinture animée qui est vraiment unique. Et Rithy Panh, un cinéaste cambodgien qui consacre la majorité de ses œuvres au travail de mémoire du génocide de son peuple par les Khmers rouges. Il a notamment réalisé L’Image manquante, un film poignant dont on ne sort pas indemne.

Quelle est la dernière fois où vous avez eu le sentiment de voir quelque chose de neuf, de découvrir un nouveau talent ?

Le dernier film qui m’a marqué c’est Marcel le coquillage (avec ses chaussures) de Dean Fleischer Camp, c’est un très beau film qui mélange de manière très inventive la stop motion et la prise de vue réelle pour raconter une histoire aussi drôle que touchante !


Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 12 avril 2024. Un grand merci à Estelle Lacaud.

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