Les films à ne pas manquer en avril

Quels sont les films à ne pas manquer en avril ? Le Polyester vous propose sa sélection de longs métrages à découvrir en salles.



• Silent Friend, Ildiko Enyedi (1er avril)
L’histoire : Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l’ignore. Dans les années 70, il voit Hannes s’éveiller à l’amour et au monde des plantes. Aujourd’hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret.
Pourquoi il faut le voir : Primé il y a quelques mois à la Mostra de Venise, Silent Friend de la grande réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi (lire notre entretien) est un film surprenant et merveilleux qui nous invite à réinventer notre place dans le monde qui nous entoure, avec une puissance à la fois onirique et politique.



• Yellow Letters, İlker Çatak (1er avril)
L’histoire : Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la « lettre jaune » qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple.
Pourquoi il faut le voir : Après le succès surprise de La Salle des profs, l’Allemand İlker Çatak (lire notre entretien) signe un film réussi à la croisée du thriller politique et du drame conjugal. Ours d’or à la Berlinale, Yellow Letters a l’honnêteté intellectuelle de ne pas donner de réponse trop simple et de respecter la dignité complexe de son couple d’artistes au pied du mur.



• Derrière les palmiers, Meryem Benm’Barek (1er avril)
L’histoire : A Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont.
Pourquoi il faut le voir : Remarquée il y a quelques années avec Sofia, la Marocaine Meryem Benm’Barek fait preuve d’un solide savoir-faire narratif dans ce film qui examine intelligemment la façon dont les rapports de classe s’invitent dans les relations sentimentales. Derrière les palmiers se distingue également par la qualité de son casting.



• Nuestra tierra, Lucrecia Martel (1er avril)
L’histoire : Argentine, 2009. Trois hommes blancs tentent d’expulser les membres de la communauté autochtone Chuschagasta, revendiquant la propriété des terres. Armés, ils tuent le chef de la communauté, Javier Chocobar. Le meurtre est filmé, et en 2018, après neuf ans d’impunité et des siècles d’histoire coloniale, le procès s’ouvre.
Pourquoi il faut le voir : La réalisatrice argentine de La Cienaga ou de Zama signe un documentaire qui prend de la hauteur – Nuestra tierra  ne raconte pas qu’un fait divers à éplucher entre les murs d’un tribunal, il fait le récit d’une terre, d’un pays et d’un continent. Un récit politique et complexe qui remue de nombreux fantômes.



• Hélène Trésore Transnationale, Judith Abitbol (1er avril)
L’histoire : C’est dans un geste d’amitié et d’admiration que Judith Abitbol réalise ce portrait d’Hélène Hazera, figure flamboyante des contre-cultures des années 70-90, en France. Membre des Gazolines, courant situationniste du F.H.A.R. (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), activiste LGBTQ, journaliste à Libération, Hélène Hazera a créé la commission Trans et SIDA au sein d’Act Up, une de ses grandes fiertés.
Pourquoi il faut le voir : Les brèches qui s’ouvrent et la lutte qui continue – voilà ce qui se dessine au cours d’Hélène Trésore Transnationale, un film attachant centré d’une part sur la mémoire queer qu’Hélène Hazera nous transmet, mais qui constitue également un témoignage sur une voix qui compte.



• Holding Liat, Brandon Kramer (1er avril)
L’histoire : Le 07 octobre 2023, Liat Beinin Atzili, une institutrice, est enlevée avec son mari Aviv dans le Kibboutz de Nir Oz. Passée la sidération, commence alors pour sa famille, une angoissante course contre la montre entre Israël et les Etats-Unis, pour la faire libérer.
Pourquoi il faut le voir : Prix du meilleur documentaire lors de la Berlinale 2025, Holding Liat est un film qui laisse une place importante à la parole contestataire. Brandon Kramer ne fait pas l’impasse sur la violence supplémentaire qui consiste à voir cet enlèvement récupéré à des fins électorales. Le long métrage examine finement la prise de conscience politique qui découle de ce drame.



• Romería, Carla Simón (8 avril)
L’histoire : Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas.
Pourquoi il faut le voir : Révélée à la Berlinale avec Été 93 et Nos soleils (respectivement prix du meilleur premier film puis Ours d’or), l’Espagnole Carla Simón signe un récit familial qui, par l’excellence de son écriture, parvient à déjouer les clichés. Romería aborde la question de la transmission avec une richesse et une élégance qui touchent en plein cœur. (entretien à venir)



• Le Cri des gardes, Claire Denis (8 avril)
L’histoire : Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier.
Pourquoi il faut le voir : Dévoilé en compétition lors du dernier Festival de San Sebastian, Le Cri des gardes est une adaptation radicale de Bernard-Marie Koltès où brille la mise en scène magnétique de Claire Denis. Aussi rigoureuse que majestueuse, celle-ci met autant en scène les corps que l’angoissant vide autour d’eux.



• The World is Full of Secrets, Graham Swon (8 avril)
L’histoire : La voix d’une vieille femme se souvient d’un terrible événement de son passé. Par une chaude soirée de l’été 1996, cinq adolescentes se retrouvent dans une maison de banlieue, en l’absence de leurs parents. Pour passer le temps, elles se racontent des histoires inquiétantes essayant de se surpasser les unes les autres dans l’horreur.
Pourquoi il faut le voir : The World is Full of Secrets de l’Américain Graham Swon (lire notre entretien) a une façon enthousiasmante de célébrer la puissance de l’imagination féminine, et cela passe également pas une réappropriation féministe d’un courant du cinéma contemporain pourtant presque exclusivement masculin – la nostalgie pour l’horreur des années 80 et 90. Une poésie vénéneuse qui laisse coi.



• An Evening Song (for three voices), Graham Swon (8 avril)
L’histoire : 1939, quelque part dans le Midwest américain : Barbara Fowler, ancienne enfant prodige de la littérature et son mari, Richard, auteur de romans pulp, s’installent à la campagne, où ils se retrouvent pris dans un triangle amoureux avec leur servante profondément religieuse, dans cet examen envoûtant d’un monde voué à disparaître.
Pourquoi il faut le voir : Rébus romanesque et fantomatique, An Evening Song (for three voices) est une rareté à la fois cérébrale et sensorielle. Ce récit de triangle amoureux ressemble à un rêve étrange, et la double sortie de ce film aux côtés de The World is Full of Secrets permet de découvrir l’un des secrets les mieux gardés du cinéma américain actuel : l’œuvre hypnotique et séduisante de Graham Swon.



• Truly Naked, Muriel d’Ansembourg (15 avril)
L’histoire : Pour Alec, qui vit seul une relation toxique avec son père Dylan, acteur X, le désir se confond avec le porno. Son quotidien devient de plus en plus difficile à dissimuler lorsqu’il se rapproche de Nina, une camarade de classe. Pour s’ouvrir à ses sentiments, Alec devra se libérer et accepter de se mettre à nu.
Pourquoi il faut le voir : Tout récemment sélectionnée à la Berlinale, cette comédie dramatique sur le sexe (avec des touches de rafraichissante comédie romantique) fait preuve d’un certain talent pour articuler ses idées sans didactisme et sans trancher à la place de ses personnages.



• Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun (22 avril)
L’histoire : Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.
Pourquoi il faut le voir : Le cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun laisse de côté le réalisme social dont la fine observation avait fait le sel de ses meilleurs films, pour un ton qui surprend au sein de son œuvre en proie au réel. En compétition à la BerlinaleSoumsoum, la nuit des astres est en effet un conte qui assume autant la candeur propre au genre que sa volonté de laisser de la place au merveilleux et à l’invisible.



• Drunken Noodles, Lucio Castro (22 avril)
L’histoire : Adnan, un jeune étudiant en art, arrive à New York pour y passer l’été. Il effectue un stage dans une galerie où est exposé un artiste atypique et plus âgé qu’il a croisé par le passé. Alors que des moments de son passé et de son présent s’entrelacent, une série de rencontres — à la fois artistiques et érotiques — ouvrent des brèches dans sa réalité quotidienne.
Pourquoi il faut le voir : Sélectionné au Festival de Cannes dans le cadre de l’ACID, Drunken Noodles de l’Argentin Lucio Castro est une comédie sexy et mélancolique qui vagabonde d’un registre à l’autre. En abandonnant peu à peu le strict réalisme pour une forme poétique plus libre, le film parvient à retranscrire chaleureusement des expériences communes à beaucoup d’hommes queer.



• Die My Love, Lynne Ramsay (29 avril)
L’histoire : Grace et Jackson fuient New York et décident de fonder une famille dans l’immensité sauvage du Montana. Mais quand leur fils naît, lasse et en proie à une solitude grandissante, Grace sent sa réalité lui échapper. Peu à peu, elle perd pied, fragilisée par une maternité qu’elle affronte presque seule.
Pourquoi il faut le voir : En compétition lors du dernier Festival de Cannes, Die My Love est un drame féroce et intense qui est porté par la performance remarquable de Jennifer Lawrence. La Britannique Lynne Ramsay signe une parabole grinçante et fait le saisissant portrait métaphorique d’une jeune femme qui refuse de se laisser domestiquer.



• Sorda, Eva Libertad (29 avril)
L’histoire : Angela est sourde, Hector est entendant. Ils forment un couple épanoui et heureux malgré leur différence. Mais la naissance de leur premier enfant inquiète Angela : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ? Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ?
Pourquoi il faut le voir : Auteur d’un brillant parcours en festivals, Sorda de l’Espagnole Eva Libertad examine avec finesse la place prise au quotidien par la surdité de son héroïne. Adoptant la perspective de sa protagoniste, ce drame à la fois tendre et amer souligne les épreuves imposées par une société validiste. (entretien à venir)



• Dao, Alain Gomis (29 avril)
L’histoire : Aujourd’hui Gloria marie sa fille en banlieue parisienne. Il y a peu, en Guinée Bissau, elle assistait à la cérémonie qui consacre son père décédé en ancêtre. D’une cérémonie à l’autre, entre passé et présent, vie et mort, réalité et fiction, Gloria se réconcilie avec son histoire, trouve sa place et connaît un moment de paix.
Pourquoi il faut le voir : L’un des sommets de la récente compétition de la Berlinale, le passionnant Dao du Franco-Sénégalais Alain Gomis est une ronde chaleureuse qui unit gravité et douceur sur un air free jazz mélancolique. Articuler tant d’ambition avec une telle simplicité : voilà sans doute la marque des très grands cinéastes.



• Un balcon à Limoges, Jérôme Reybaud (29 avril)
L’histoire : Gladys Choseille, une femme d’une cinquantaine d’années, vit à l’écart de la société, sans logement, sans carte Vitale, sans banque. Rien ne compte pour elle, même pas le sexe, l’alcool et la danse qu’elle pratique pourtant avec une frénésie joyeuse. Un matin, elle rencontre par hasard une amie de lycée, Eugénie Flan, qui va tenter de l’aider contre sa volonté.
Pourquoi il faut le voir : Dans Un balcon à Limoges, tout est simple et clair, et pourtant tout est plus trouble qu’en apparence. Imprévisible et lunaire, porté par la formidable performance de Fabienne Babe, le long métrage du Français Jérôme Reybaud (sélectionné au Festival de Locarno) trouve son charme personnel dans ses pics et ses creux qui composent 1h10 de vies.


• Retrouvez notre dossier sur les films à ne pas manquer en mars.

Nicolas Bardot

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