Festival National du Film d’Animation 2026 : nos 10 courts métrages favoris

Le Festival National du Film d’Animation s’achève ce dimanche à Rennes et est à suivre sur Le Polyester. Une large sélection de courts métrages était à l’honneur. Outre de nombreux courts que nous avons aimés et dont nous vous avons déjà parlé (Dieu est timideAutokarL’Étrange humeur adolescenteIm Auto Tapes und ButterbrotLa Mort du poissonSulaimani ou encore Une fugue), voici 10 courts métrages qui ont retenu notre attention lors de cette édition.



• Balconada, Iva Tokmakchieva
L’histoire : Par une chaude journée d’été, plusieurs voisins se retrouvent sur leur balcon. Alors qu’une averse salvatrice vient les sortir de leur torpeur, l’un d’entre eux va trouver le moyen de tous les reconnecter aux autres et à l’instant présent.
Pourquoi on l’aime : La réalisatrice bulgare Iva Tokmakchieva met en scène un lieu et les inconnues qui l’habitent. Variations de bleus et touches de rose, ombres et silhouettes, attention délicate apportée au son : la cinéaste crée tout un univers avec sa propre patte. Et dessine, sans dialogue, entre torpeur estivale et averse tempétueuse, le lien tendre qui unit ses personnages.



• Bonne nuit Bergère, Liz Ronzon
L’histoire : Bergère n’arrive pas à dormir, elle a trop de moutons qui encombrent son jardin.
Pourquoi on l’aime : Doux comme une comptine, Bonne nuit Bergère fait un usage vivant de son cadre minimaliste pour dépeindre le sommeil de son héroïne. Au cœur de cette image à la fois fixe et dynamique, il y a toute une douceur de trait, de couleurs, d’atmosphère, de son. Une rêverie délicatement expressive par une cinéaste prometteuse.



• Du monde au balcon, Elya Ehni
L’histoire : Les seins poussent, les regards changent et dans le miroir, mon reflet est déformé. Du monde au balcon est le témoignage d’un ressenti face à une poitrine et des jugements trop lourds.
Pourquoi on l’aime : Derrière son titre façon comique troupier, Elya Ehni compose un témoignage dont le point de vue est à la fois simple et rare. Les commentaires sur le corps et les regards portés sur celui-ci contrastent intelligemment avec le visuel printanier, ses fines et fragiles porcelaines, ses violets et ses verts. Une manière habile et subtile de guider l’écoute.



• La Fille à la recherche de la cabane, Phane Montet
L’histoire : Durant l’hiver 2011, le jeune artiste de rue Bilal Berreni se rend dans l’extrême nord de la Suède et s’enferme dans une cabane en bois, pour vivre en ermite. Il écrit et dessine Le Carnet de la cabane. Dix ans plus tard, après la mort de Bilal, la réalisatrice part sur ses traces, à la recherche de sa cabane, à la recherche du monde qu’il a dépeint. Et peut-être aussi de lui.
Pourquoi on l’aime : Dans ce film qui mêle prise de vue réelle et animation, Phane Montet mène une enquête secrète jusqu’au bord du monde. Elle transmet une œuvre à la fois inachevée et éphémère ; et elle la transmet avec intelligence via l’animation. Dans cette recherche précieuse et émouvante, les temporalités se superposent et les fantômes reprennent vie.



• Il fait chaud aujourd’hui, Liv Ronzon
L’histoire : Lors de vacances d’été à la campagne, Dori recherche l’amitié d’une autre enfant qu’elle admire, Ori.
Pourquoi on l’aime : Second film de Liv Ronzon (lire notre entretien) sélectionné cette année avec Bonne nuit Bergère, Il fait chaud aujourd’hui prend la forme d’une promenade. Là encore on note une exquise douceur, avec une stimulante proximité entre animation et photographie. Un pouvoir atmosphérique au charme subtil.



• Putains de droits, Sélène Durantou, Léa Reyes-Lovio, Léonie Roclin-Bouyer, Orane Tibout
L’histoire : « Rose », travailleuse du sexe, nous livre sa voix pour combattre clichés et méconnaissances afin de dresser un portrait réaliste des conditions de vies des personnes travailleur/euses du sexe en France.
Pourquoi on l’aime : « C’est des voix qu’on entend pas bcp » comme il est dit dans ce court métrage, et qui cette fois occupent l’espace. Putains de droits fait preuve d’inventivité formelle pour rendre compte des expériences de travailleur.euses du sexe (sur les clichés, la réalité quotidienne, le cadre légal…), à travers un chœur de voix vivant et puissant.



• Quelqu’un de spécial, Alice Gervat
L’histoire : Via une appli, Lisa a matché avec Xuân et doit enfin la rencontrer. Problème : pour lui plaire, elle lui a affirmé parler vietnamien, sa langue d’origine, dont elle ne comprend pourtant pas un mot. S’enfonçant dans le mensonge, il lui reste 1 semaine avant le date pour réellement apprendre le vietnamien, ou bien Xuân va se rendre compte de la supercherie.
Pourquoi on l’aime : Lauréate du prix du public, Alice Gervat (lire notre entretien) signe une comédie dynamique et fantaisiste qui déjoue les clichés en termes de représentations et qui examine finement les questions d’identité et de transmission, ici autour d’une jeune lesbienne asio-descendante. Derrière le rire, la cinéaste aborde avec légèreté des questions profondes et encore rarement abordées.



• Soixante-sept millisecondes, Fleuryfontaine
L’histoire : À la recherche d’un projectile dont la trace a été capturée par les images d’une caméra de surveillance, le film suit sa trajectoire et celles de ses protagonistes.
Pourquoi on l’aime : Déjà très largement remarqué en festivals, Soixante-sept millisecondes est un puissant récit politique qui rend compte de l’état des violences policières en France. A travers son brillant dispositif et ses images de natures différentes, le film questionne de manière incisive et pourtant sans didactisme ce qui est désigné comme le « maintien de l’ordre ».



• Stargazing Bus, Munkhkhuslen Bayarbat
L’histoire : Une autre journée chaotique commence pour le chauffeur de bus. Coincé dans les embouteillages de l’heure de pointe, le bus avance à peine. Les passagers frustrés s’impatientent et lui demandent l’impossible. Épuisé, dépassé et à bout de forces, il se met à pleurer. Puis, un miracle soudain et inexplicable emporte le bus – rempli d’inconnus et son chauffeur – vers les étoiles.
Pourquoi on l’aime : Munkhkhuslen Bayarbat (lire notre entretien) plante son décor avec efficacité, celui d’un bus façon cocotte-minute au bord de l’explosion. Trognes, rictus et grimaces : le design a une aspérité qui nourrit cette clownerie à la fois chaotique et aérienne. Une fantaisie au sympathique mauvais esprit qui fait mouche.



• Tourists, Maria Kralovic
L’histoire : Kornel et Hana, un couple marié, réparent les balises d’un sentier de randonnée dans les bois. Il ne faut pas longtemps pour que le couple se perde, aucun des deux n’étant capable de retrouver le sentier de randonnée. Effrayés, seuls et impuissants, Kornel et Hana doivent apprendre à survivre.
Pourquoi on l’aime : A la fois tendre et féroce, cette fable humoristique signée par la Slovaque Maria Kralovic dépeint l’émancipation de son héroïne là où celle-ci ne la cherche pas. Un chaos rond et une noirceur colorée caractérisent ce film au ton surprenant et dont on suit le chemin sinueux, aussi absurde qu’existentiel.



Nicolas Bardot

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