Festival de Locarno 2023 : nos 10 courts métrages préférés

La 76e édition du Festival de Locarno s’est achevée ce weekend et vous avez pu la suivre quotidiennement sur Le Polyester. Nous vous proposons un tour d’horizon de 10 coups de cœur parmi les courts métrages sélectionnés cette année au festival.



• A Study of Empathy, Hilke Rönnfeldt (Danemark/Allemagne)
Léopard d’or, compétition internationale
L’histoire : Dana veut montrer de l’empathie et Pénélope veut explorer l’empathie. Lorsque Dana réalise la portée véritable de l’expérience artistique de Pénélope, ses émotions prennent un tour inattendu.
Pourquoi on l’aime : Une performance artistique d’une simplicité presque absurde devient un moment de malaise tout doux pour ses deux participantes. Avec ses couleurs joliment fanées et son grain d’image presque opaque, cette comédie à l’amertume toute scandinave explore la frontière ambigüe qui sépare parfois l’empathie du narcissisme.



• Been There, Corina Schwingruber Ilić (Suisse)
Mention spéciale, compétition Corti d’autore
L’histoire : Comment les touristes, à la recherche des meilleures photos, deviennent des envahisseurs.
Pourquoi on l’aime : Ce documentaire à la Nikolaus Geyrhalter compile sans commentaire (mais pas sans malice) des images glanées dans des lieux envahis de touristes. Les célèbres monuments sont délibérément laissés hors-champ pour mieux scruter les chorégraphies impromptues et répétitives de ces grappes de visiteurs anonymes filmés sans condescendance.



• Canard, Elie Chapuis (Suisse/Belgique)
L’histoire : Vladimir et Olga élèvent des canards dans une petite ferme isolée à la campagne. Ils espèrent l’arrivée d’un enfant, mais cette attente se transformera bien vite en cauchemar.
Pourquoi on l’aime : Après avoir travaillé sur l’animation de L’Île aux chiens de Wes Anderson et Ma vie de courgette de Claude Barras, le Suisse Elie Chapuis signe un surprenant court métrage aux visions bizarres et surréalistes, dans lequel le conte décalé laisse peu à peu place à une horreur organique et énigmatique.



• Du bist so wunderbar, Leandro Goddinho et Paulo Menezes (Allemagne/Brésil)
Léopard d’argent, compétition internationale
L’histoire : Le jour où des milliers de personnes manifestent contre les loyers exorbitants à Berlin, un Brésilien expulsé de chez lui se bat pour retrouver une chambre, alors que sa vie personnelle s’écroule.
Pourquoi on l’aime : Il n’y a pas de quoi se marrer, pour ce protagoniste gay et immigré dont le quotidien est composé de micro-agressions malaisantes. Alors pourquoi rit-on autant face à ses mésaventures sexuelles et immobilières ? La réussite en revient à une écriture au mélange de tons tout à fait singulier, à la fois impudique et bienveillant, potache et attachant. Voilà du cinéma social et politique qui prend une tangente inattendue.



• Kinderfilm, Total Refusal (Autriche)
L’histoire : C’est un jour ordinaire dans le jeu GTA V, mais une lourde absence pèse sur les rues envahies de voitures. Le protagoniste Edgar cherche des indices, révélant la beauté cauchemardesque de sa réalité.
Pourquoi on l’aime : A travers un dispositif qui rappelle le récent et brillant long métrage Knit’s Island, Kinderfilm est un court réalisé à partir d’images du jeu vidéo GTA V. Le collectif autrichien Total Refusal compose un récit magnétique, où les regards vides sont emplis de mélancolie et où la tristesse scintille sous des crépuscules colorés.



• Nocturno para uma floresta, Catarina Vasconcelos (Portugal)
L’histoire : Portugal. XVe siècle. Des moines édifient un mur autour d’une forêt pour l’interdire aux femmes. Or, dans un monde caché, éclairées par leurs âmes, les femmes ont fait leur royaume de l’invisibilité, sans mur.
Pourquoi on l’aime : La Portugaise Catarina Vasconcelos signe un court poétique et étonnant, à la fois minimaliste et ambitieux. Après un premier plan puissant de nature morte, les fleurs s’animent et la forêt s’exprime : devenues esprits des bois, des femmes conversent en secret dans un chatoiement coloré, mystérieux et séduisant.



• Pado (Waves), Yumi Joung (Corée du sud)
L’histoire : Les vagues vont et viennent sur une plage vide. Différentes personnes, des enfants aux personnes âgées, apparaissent une à une sur la plage. Au rythme des vagues, chacune répète ses propres actions.
Pourquoi on l’aime : Déjà présente dans notre liste des meilleurs courts de 2022 avec House of Existence, la cinéaste coréenne Yumi Joung utilise à nouveau un crayonné minimaliste pour transformer un lieu anonyme en espace mental énigmatique. Happé par la cadence berçante des vagues (celles du Styx ?), un groupe de personnages se retrouve comme prisonniers d’une boucle sans fin. Notre court préféré de toute cette édition.



• Pássaro Memória, Leonardo Martinelli (Brésil, Royaume-Uni)
L’histoire : Un oiseau nommé Mémoire a oublié comment voler jusqu’à chez lui. Lua, une femme trans, tente de retrouver Mémoire dans les rues de Rio de Janeiro, mais la ville peut être un lieu hostile.
Pourquoi on l’aime : Remarqué avec le formidable Fantasma Neon, Leonardo Martinelli poursuit son geste musical et urbain avec ce nouveau court. Comment trouver sa place dans la cité et (ré)enchanter le quotidien ? La ville et ses ombres immenses sont filmées de manière spectaculaire par Martinelli qui, une nouvelle fois, laisse une place précieuse à la fantaisie mélancolique.



• Rainer, a Vicious Dog in a Skull Valley, Bertrand Mandico (France)
L’histoire : Octavia Foss veut mettre en scène une version féminine de Conan le Barbare au théâtre. Elle pactise avec un démon à tête de chien pour arriver à ses fins.
Pourquoi on l’aime : Moins qu’un récit entièrement indépendant, cette chatoyante vignette s’apprécie davantage comme un bonus ludique au long métrage Conann. Dans des toilettes sales transformées en scène de théâtre, les flamboyantes protagonistes du film de Mandico défilent pour un ultime tour de piste barbare en forme de clin d’œil extra-filmique, guidées par l’excellente Elina Löwensohn en chienne lesbienne des enfers.



• La Vedova nera, fiume, Julian McKinnon (France)
L’histoire : Alfredo, jeune étudiant italien, file à vélo dans les rues de Marseille lorsqu’il chute. Cherchant de l’aide, il suit l’étrange appel émanant d’un cinéma porno sorti d’un autre temps.
Pourquoi on l’aime : S’il appartient à une famille actuelle de cinéma déjà assez identifiée (qui irait de Yann Gonzalez et à Alexis Langlois), La Vedova nera mêle avec fun et générosité le frisson érotique des débardeurs et des moustaches à la terreur rouge sang du dernier souffle. La trop rare Marina de Van hante cette salle de cinéma vue comme le lieu où désirs et peurs se confrontent.


Nicolas Bardot & Gregory Coutaut

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