New Directors/New Films 2020 | Entretien avec Pushpendra Singh

The Shepherdess and the Seven Songs était l’une des belles trouvailles de Encounters, la nouvelle section créée cette année à la Berlinale. Son réalisateur, l’Indien Pushpendra Singh, y fait le récit d’une bergère entre conte et réalisme social. Singh signe un film visuellement superbe et qui échappe aux attentes. On espère que vous en entendrez parler cette année ! The Shepherdess and the Seven Songs est présenté cette semaine au Festival New Directors/New Films. Pushpendra Singh est notre invité…


Quel a été le point de départ de The Shepherdess and the Seven Songs ?

Le film s’inspire d’un conte populaire du Rajasthan écrit par Vijaydan Detha. J’ai avant tout été attiré par les idées féministes véhiculées par le conte et j’ai été fasciné par la façon dont l’écrivain les a imaginées à la fin des années 60 / début des années 70, alors que l’émancipation des femmes n’a pas encore eu lieu en Inde. Et c’est d’ailleurs toujours le cas dans une grande partie du pays. Avec la mondialisation, les anciens systèmes féodaux et l’ordre des castes se sont lentement mis à s’effondrer, mais de nouveaux modes d’exploitation ont surgi. J’ai donc décidé d’adapter ce conte pour mettre en évidence ces nouveaux systèmes d’exploitation.

Comment avez-vous envisagé l’adaptation contemporaine de cette histoire avec notamment l’utilisation de poésie du 14e siècle ?

D’abord il m’a semblé que pour une transposition contemporaine, situer cette histoire dans le Jammu-et-Cachemire, un état au nord de l’Inde, pourrait convenir. Le conflit dans la région a conduit à un appareil de sécurité de l’État qui agit comme le feraient de nouveaux seigneurs féodaux. Les Bakarwals nomades sont souvent à l’autre extrémité de ce conflit car ils ne rentrent ni dans le récit de l’État indien, ni dans celui du mouvement séparatiste cachemirien.

Le Cachemire a eu un grand passé spirituel qui, comme aujourd’hui, a aidé à surmonter les tensions religieuses de l’époque. Lal Ded, poétesse mystique du 14e siècle, était une figure forte de cette période. J’ai senti qu’elle pouvait être une grande source d’inspiration et la fin du conte populaire m’a fait penser à elle. J’ai commencé à lire davantage sur Lal Ded, c’est comme si elle résonnait dans mon esprit afin de suggérer une solution au conflit du Cachemire. Avec cette idée en tête, j’ai décidé de faire des personnages de ce conte populaire les acteurs-clefs du conflit cachemirien que j’ai traité comme une allégorie.

The Shepherdess and the Seven Songs est visuellement splendide. Comment avez-vous abordé le traitement formel du film avec votre directeur de la photographie Ranabir Das ?

A chaque film, je passe beaucoup de temps seul à explorer les espaces pour tourner mon histoire. Une fois que j’ai plusieurs options, j’en discute avec mon directeur de la photographie et nous finalisons cela. Ensuite,toujours en lien avec l’influence de Lal Ded, nous souhaitions que la nature joue un rôle dominant dans le film. Nous voulions une combinaison de couleurs qui pourrait refléter à la fois l’harmonie et les conflits, et le décorateur, Yogesh Kumar, a également été impliqué dans cette réflexion. Ranabir et moi avons également beaucoup échangé au sujet de peintures de différentes époques pour obtenir cette lumière et l’atmosphère qu’elle installe dans le film.

Quels sont vos cinéastes favoris et/ou ceux qui vous inspirent ?

Yasujiro Ozu, Robert Bresson, Andreï Tarkovski, Sergueï Paradjanov et Victor Erice. Je suis également attiré par les premières œuvres de Abbas Kiarostami et Satyajit Ray.

Quelle est la dernière fois où vous avez eu le sentiment de découvrir un nouveau talent, quelque chose d’inédit à l’écran ?

J’ai fait des études de cinéma et j’ai grandi en voyant une large diversité de films, mais je vois aussi assez peu de nouveau films donc c’est une question difficile. Mais assurément, avec Adieu au langage de Godard, j’ai eu le sentiment de voir quelque chose de neuf. Avec une 3D utilisée comme jamais auparavant.

Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 26 avril 2020.

| Suivez Le Polyester sur Twitter, Facebook et Instagram ! |

Partagez cet article