Festival Black Movie | Entretien avec Aicha Macky

Dans son documentaire Zinder, la Nigérienne Aicha Macky fait le puissant portrait d’un quartier de parias dans une ville du Niger ; elle filme les cicatrices, les traces psychologiques, mais aussi la résilience et l’espoir. Zinder est présenté au Festival Black Movie. Aicha Macky est notre invitée.


Quel a été le point de départ de Zinder

Au départ il y avait certains articles de la presse internationale particulièrement qui présentaient le monde de la jeunesse de Zinder complètement noir avec aucune lueur d’espoir. Il y avait ensuite la riposte contre la participation du Président de la République du Niger Issoufou Mahamadou à la marche contre le terrorisme à Paris où il avait dit qu’il était Charlie. C’était en 2015. Cet acte a été perçu comme un soutien aux ennemis de l’islam et du prophète Mohamed que le journal satirique Charlie Hebdo ne cessait de caricaturer.

Il y avait eu des casses des symboles chrétiens et occidentaux à Niamey et à Zinder, ma ville natale. Suite à cet événement, le point de presse du Ministère de l’intérieur faisait cas d’un étendard de Boko Haram aperçu dans la foule qui manifestait. Naturellement, cela a attiré mon attention et a réveillé ma curiosité. Ce qui a réveillé l’idée du film qui était jusque-là assez timide.

Vous vous entretenez avec différents protagonistes dans Zinder, mais la ville joue aussi un rôle important dans la narration du film. Comment avez-vous envisagé la mise en scène du lieu, de la ville, de ses rues ?

Le film Zinder, c’est aussi une ode à cette belle ville aux collines gigantesques, aux longs couloirs et aux rues ocres qui m’a vue naitre et grandir. Cette ville reste le témoin de première heure du changement de ses enfants, de la violence qui devenait omniprésente en son sein alors qu’elle était un havre de paix. Elle est aussi le témoin du martyre dont souffrent ses enfants par le manque d’éducation, manque de perspectives…

Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette scène particulièrement frappante où vous filmez des femmes, successivement, dont on ne discerne pas vraiment le visage et dont on ne perçoit que la lumière de cigarette ?

Ces femmes appelées femmes libres méritent respect et considération comme toutes autres femmes. Les filmer nécessitait de protéger leur dignité. Elles sont nombreuses qui se retrouvent dans les maisons closes à cause de l’irresponsabilité des familles qui les rejettent en raison d’une grossesse hors mariage ou de viols dont on les rend responsables. Ces femmes représentent l’ombre d’elles-mêmes tant la société ne voulait pas les voir.  

Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

Mon cinéaste préféré et qui m’inspire reste jusque-là Rithy Panh. De L’Image manquante à S21 en passant par Site 2, il fait un travail remarquable de mémoire. Il filme des gens pauvres avec tant de dignité. Il y a aussi Dieudo Hamadi parmi les plus jeunes qui aborde le cinéma dans le même sens que Rithy. Ce sont des cinéastes très engagés pour la cause des sans voix.

Quelle est la dernière fois où vous avez eu le sentiment de découvrir un nouveau talent, quelque chose d’inédit à l’écran ?

C’était lorsque je regardais le film de Dieudo Hamadi, En route vers le million. Je suis restée admirative du talent et du combat pour la cause des personnages qu’il a portée en mettant sa vie en danger comme dans Kinshasa Makombo.

Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 26 avril 2021. Un grand merci à Mirjam Wiekenkamp.

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