Festival Black Movie | Critique : Les Nuits de Zhenwu

Dongzi doit trouver de l’argent. Pour payer l’hôpital de son père, bien qu’ils ne soient pas proches. Pour séduire celle qu’il aime, bien qu’elle soit l’ex d’un chef de gang. Il devient collecteur de dettes. La nuit, dans les rues de Zhenwu, tout peut arriver…

Les Nuits de Zhenwu
Chine, 2021
De Jiazuo Na

Durée : 1h36

Sortie : 2022

Note :

LES YEUX DANS LES CIEUX

Les Nuits de Zhenwu est le premier long métrage du cinéaste chinois Na Jiazuo. D’abord scénariste, celui-ci explique qu’il n’était pas prévu d’emblée qu’il mette lui-même en scène le script qu’il avait écrit. Ceux qui l’y ont encouragé n’a pas manqué de flair : l’anecdote est en effet d’autant plus surprenante que Na Jiazuo se révèle un discret scénariste (pour ne pas dire modeste), mais un très remarquable metteur en scène. Clamons-le tout de suite avec enthousiasme : il n’y a pas une scène ici qui ne soit pas agréable à regarder, et plusieurs d’entre elles sont encore plus que cela : des bijoux.

Devenu recouvreur de dettes pour financer les soins hospitaliers de son père, une petite frappe tombe amoureux de l’ex-fiancée d’un chef de gang. Le récit des Nuits de Zhenwu est archétypal. Même avec ses quelques touches d’humour absurdes, on peut dire que le scénario suit des rails prévisibles, et cela donne parfois à l’ensemble un manque de relief et de rythme, comme si on avait un tour d’avance sur tout ce qui se trame. Mais là où notre regard et notre attention sont pris de court, captivés même, c’est dans le luxuriant habillage visuel du film.

Les Nuits de Zhenwu débute par les superbes images d’un bateau remontant le fleuve. On pense un instant à l’ouverture similaire du chef d’œuvre Crosscurrent de Yang Chao, mais s’il fallait trouver à Na Jiazuo une parenté dans la très riche famille du cinéma chinois contemporain (dans la décennie passée, y a-t-il eu le moindre pays proposant davantage de cinéastes aux esthétiques radicales et ambitieuses ?), celle-ci se situerait plutôt du côté des films noirs et multicolores de Diao Yinan. Par sa géométrie des cadrages et des décors, Na Jiazuo transforme la moindre scène de baston en chatoyant trompe-l’œil, et la lente démarche d’un escargot en l’un des plans les plus vertigineux vus récemment sur grand écran.

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par Gregory Coutaut

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