Mai et son mari Koichi prennent quelques jours de congés dans un hôtel à la campagne. En attendant les résultats d’un dépistage prénatal, l’anxiété croissante de Mai se heurte au comportement passif-agressif de Koichi.
The Day After Sunday
Japon, 2026
De Takuya Kato
Durée : 1h22
Sortie : –
Note : ![]()
LONG WEEKEND
Comment trouver la pose idéale pour prendre un portrait de soi enceinte ? Mai, dans la première scène de The Day After Sunday, change de position, change d’attitude, le photographe propose de changer d’axe, mais rien ne semble finalement convenir. Et qu’est-ce qui peut convenir au couple formé par Mai et Koichi ? Les deux jeunes gens décident de se mettre au vert quelques jours, dans un établissement perdu au cœur des bois – mais l’attente d’un diagnostic prénatal ne va pas vraiment favoriser la détente du couple. Remarqué en France avec son second long métrage, La Mélancolie, le Japonais Takuya Kato dépeint les incertitudes et angoisses inhérentes à une grossesse, mais se resserre peu à peu sur la charge mentale de la future mère.
L’hôtel où Mai et Koichi logent est superbe, avec sa spectaculaire architecture posée comme un vaisseau extraterrestre dans la forêt. Le paysage est extrêmement paisible tandis que le bâtiment privilégie le béton dénudé. Le contraste est si fort qu’il vient traduire la déconnexion entre ces deux environnements, et vient souligner également la déconnexion familiale qui se creuse entre Mai et ses proches. Comme dans La Mélancolie, l’élégance est froide dans The Day After Sunday. Froide comme les discussions sans son environnant, sans musique. Le film est dépouillé : dans sa structure, ses événements, ses couleurs. A première vue ce lieu ressemble à un paradis, mais ne serait-ce pas un paradis étouffant ? L’hôtel, dans les conditions montrées par le long métrage, semble en effet davantage dédié au silence forcé qu’à la vraie relaxation.
« Je ne suis pas habituée à être en vacances, je ne sais pas comment faire » confesse Mai désolée. La séance ciné-détente prévue par l’hôtel ? Une projection de Cléo de 5 à 7, soit l’histoire d’une femme qui vit dans l’angoisse d’être atteinte d’un cancer. C’est un léger détail d’humour noir dans The Day After Sunday, comme dans cette scène de pédalo où, sur l’eau, tout est fluide et doux, mais où les protagonistes sont à deux doigts de se noyer les uns les autres. Kato s’approche de plus en plus de la solitude de Mai, seule avec son verre d’eau quand les autres picolent, seule même quand son compagnon est là. On peut saluer la subtile et formidable interprétation de Haru Kuroki : voit-on souvent des prestations aussi épuisées dans des scènes de disputes particulièrement tendues ?
Peu à peu, la brume gagne la forêt tandis que le torchon brûle. Il y a chez Takuya Kato, dont le film est dévoilé en compétition à Busan, une utilisation réussie du minimalisme, où la forme parvient à incarner les dynamique entre les personnages. C’est une fine mécanique : le décompte des jours suggère quelque chose d’inéluctable, certes. Oui, dans la dernière partie, on remet les choses à leur place, on les replie avec attention. Mais tout est modifié.
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par Nicolas Bardot
