Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre.
Leviticus
Australie, 2026
De Adrian Chiarella
Durée : 1h28
Sortie : 07/10/2026
Note : ![]()
L’EMPRISE
Dans une banlieue résidentielle australienne pas très folichonne, où il vaut mieux faire profil bas plutôt qu’attirer l’attention sur soi quand on est un garçon sensible, plane soudain une étrange malédiction. Une entité surnaturelle vient posséder les jeunes personnes queer pour les transformer en violents homophobes et les retourner contre leur amant.e. Ne cherchez pas les mots gay ou queer dans Leviticus, ces derniers ne sont pas prononcés une seule fois, alors même que le filme ne parle que de ça. Alors est-ce à dire que le cinéaste et scénariste Adrian Chiarella a eu froid aux yeux ? Ce serait une interprétation de travers.
Si l’affiche conserve une ambiguïté pudique, le film n’a pas peur de mettre les points sur les i, sans se priver au passage d’une ambiguïté malaisante : dans les scènes d’ouverture, la dynamique entre les deux protagonistes est si retorse qu’on a plus l’impression d’assister à une scène de bizutage que de bisous. Si les personnages de Leviticus ne s’autorisent jamais à aller plus loin que des euphémismes (« Nous partageons le même sentiment »), c’est peut-être avant tout par fidélité à l’idée que l’homophobie intériorisée peut faire suffisamment de ravage qu’elle peut aller jusqu’à empêcher de formuler l’évidence. C’est aussi peut-être tout simplement parce que Leviticus est un film australien, et non américain.
En effet, on retrouve ici avec plaisir l’âpreté et la dangerosité qui épice les meilleures productions horrifiques australiennes contemporaines, ainsi qu’une profondeur bienvenue au moment d’écrire des personnages d’adolescents, plus profonds que s’ils étaient des simples cibles d’un jeu de massacre. Leviticus ne tombe jamais dans la cruauté éprouvante (ce qui est rassurant vu son sujet). Sa nervosité très efficace est celle du genre, mais le film fait aussi preuve d’une amertume parfois poignante, selon la formule qui avait déjà fait le succès de La Main par exemple (avec qui Leviticus partage les mêmes producteurs). Si l’écriture d’Adrian Chiarella manque parfois un peu de clarté dans ses métaphores, sa manière de marier les contraires avec harmonie et nervosité est au contraire exemplaire. Tremble-t-on pour les personnages car ils sont poursuivis par des démons où parce que leur communauté les a abandonnés ? Les deux. Leviticus est-il déchirant récit d’amour impossible ou un excitant film de minuit ? Les deux. Surtout : il s’agit bel un bien d’un film vraiment queer.
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par Gregory Coutaut
