Festival de Varsovie | Critique : Suzhou Quartet

Quatre personnes ordinaires se rencontrent pendant la saison des pluies dans l’ancienne ville de Suzhou.

Suzhou Quartet
Chine, 2026
De Chengjie Cai 

Durée : 2h12

Sortie : –

Note : 

CONTES DES QUATRE SAISONS

Le cinéaste chinois Chengjie Cai avait été repéré en 2018 au Festival de Rotterdam, où son premier long métrage, The Widowed Witch, avait remporté le Tiger Award. Le film jeune public qu’il a réalisé par la suite n’a pas circulé hors de Chine et on n’attendait pas forcément de sitôt un retour aussi spectaculaire de sa part. Présenté en compétition au Festival de Varsovie quelques jours après avoir fait sa première à Pingyao, son troisième long métrage Suzhou Quartet s’impose comme l’une des expériences cinématographiques les plus puissantes et singulières de l’année.

Suzhou Quartet raconte quatre récits se déroulant dans la même ville, simultanément et sans hiérarchie, sans que l’on sache s’ils vont se croiser ou non. Jusqu’ici rien d’exceptionnel ? Sauf que voilà l’écran littéralement divisé en quatre, et ce non pas de façon traditionnellement horizontale en quatre rectangles. En hommage à l’iconographie traditionnelle chinoise, il est au contraire divisé en quatre bandes verticales tel un paravent. Chaque bande possède son ou sa protagoniste, situé à un âge différent de sa vie : un petit garçon solitaire, une jeune femme en difficulté financière, un quadragénaire en crise et une vieille dame placide, dans cet ordre de gauche à droite. L’effet est si inattendu et saisissant, qu’il faut le voir pour le croire.

Le musée local expose le corps d’une femme restée prisonnière des glaces pendant de siècles, et cela va bouleverser le rapport de chacun au temps qui passe. Tel est l’infime fil rouge qui traverse ces quatre récits superbement filmés et composés de plages de contemplations, de micro événements, et d’immersion parfois proche de l’ASMR. La méditation de ces protagonistes en miroir compte autant que le bruissement des feuilles, l’écoulement de ruisseaux et les siestes des chats du coin. Fable minimaliste sur le passage du temps et les cycles de l’existence, Suzhou Quartet est du slow cinéma radical de chez radical. C’est une stupéfiante proposition formaliste qui pourrait avoir l’air d’une montagne à gravir mais, selon une formule qui pourrait déjà définir certains des projets les plus hors normes de Tsai Ming-liang, c’est aussi un poignant câlin, un doux cocon, un rare apaisement.

L’impressionnante radicalité de l’ensemble l’empêche de tomber dans les clichés de la carte postale « voyage pour vos sens », mais pour peu que le film soit vu sur grand écran (et il ne mérite rien de moins tant l’œil est invité à voyager), l’ensemble se révèle plus facile à appréhender que ce que l’on pourrait craindre. Après tout, le résultat est-il vraiment plus exigeant que la superbe caméra d’or vietnamienne de 2023, L’Arbre aux papillons d’or ? Au lieu d’enfermer le film dans une maquette arty, les parallèles très minutieusement orchestrés (c’est un euphémisme) entre ces quatre récits génèrent de bouleversants vertiges, comme lors de cette séquence presque magique ou chaque personnage joue d’un instrument différent et forment une harmonie à leur insu.

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par Gregory Coutaut

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