Festival de Cannes | Critique : Du fioul dans les artères

Étienne est routier. Accroché à la route, il réduit sa vie affective à des rencontres anonymes et éphémères sur des parkings. Quand il croise Bartosz, un camionneur polonais, sa solitude est bouleversée.

Du fioul dans les artères
France, 2026
De Pierre Le Gall

Durée : 1h31

Sortie : 02/12/2026

Note :

ITINÉRAIRE BIS

Du fioul dans les artères. Si on vous dit que ce titre bouillant vient chapeauter une histoire d’amour inattendue entre deux chauffeurs routiers, vous vous attendrez peut-être à assister à des plans culs sauvages sur des aires d’autoroutes isolées. Pierre Le Gall (coscénariste du court métrage Les Belles cicatrices et qui réalise ici son premier long) a bien conscience des fantasmes et archétypes qui entourent ses personnages, mais si le film semble débuter exactement là et comment on l’attend, il ne tarde pas à prendre une sortie vers un itinéraire bis bienvenu.

Quand le sage et sérieux Etienne croise le polonais Bartosz, c’est effectivement dans une zone de cruising nocturne près d’un parking. Silhouette noire sur fond noir, Bartosz a même l’air un instant de sortir d’un film d’horreur, avant de dévoiler son visage bonhomme et inoffensif. Du fioul dans les artères dévoile lui aussi rapidement son cœur sensible. Il a beau y avoir quelques scènes de sexe, mettant en scène des mecs aux corps normaux et imparfaits (une vision très rafraichissante, à rebours des codes de beauté queer habituels), il s’agit là moins d’une histoire de fesse que d’une romance. Une romance, mais pas que.

Si la tendresse du scénario constitue sa première surprise, sa volonté de documenter avec un réalisme très détaillé les conditions de travail des routiers en est la seconde. L’alchimie entre les deux acteurs apporte une crédibilité touchante aux scènes de couple, ce qui peut rendre frustrants les longs détours faits sur les chemins bien balisés du cinéma social à la française, de désirs de grèves en injustices du capitalisme. Il plane sur le quotidien de ces protagonistes une grisaille finalement bien différente des poussées de fièvre que laissait espérer le beau titre du film.

Là où Du fioul dans les artères parvient le mieux à articuler ensemble ces deux tableaux, c’est lorsqu’il trouve les métaphores idéales pour traduire la perte de repères géographiques et temporels de ces travailleurs parcourant l’Europe à toute vitesse : quand les protagonistes se croisent sur un pont sur lequel il ne peuvent faire demi tour, ou quand la simple autoroute qui séparent leurs deux camions rend leur étreinte impossible. La route apparait alors moins comme un espace de liberté que comme un labyrinthe de désirs frustrés. Bien vu.

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par Gregory Coutaut

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