Festival de Locarno | Critique : Revolutionaries Never Die

Tentant de décrypter une ultime invitation restée sans réponse, un cinéaste cherche à comprendre pourquoi la célèbre réalisatrice Jocelyne Saab lui a proposé une collaboration deux mois à peine avant son décès. La réponse ne pouvant plus lui parvenir, le film se change en exploration lyrique de la vie, des engagements politiques et de la vision artistique d’une voix singulière de l’époque de la révolution.

Revolutionaries Never Die
Palestine, 2026
De Mohanad Yaqubi

Durée : 1h21

Sortie : –

Note :

EN BOUCLE

A l’origine de Revolutionaries Never Die, dévoilé en première mondiale dans la compétition Cinéastes du Présent au Festival de Locarno, il y a un film qui n’a jamais existé. Jocelyne Saab a en effet proposé une collaboration au réalisateur palestinien Mohanad Yaqubi fin 2018, mais Saab est décédée peu de temps après, en janvier 2019. Yaqubi s’est plongé depuis dans les archives de Jocelyne Saab, journaliste et réalisatrice, qu’on a pu notamment redécouvrir en 2024 grâce à l’édition par Les Mutins de Pangée d’un passionnant coffret dvd qui couvre 8 années de son œuvre (de 1974 à 1982) en une quinzaine de films.

La cinéaste racontait avec complexité les conflits au Moyen-Orient, de la Palestine au Liban en passant par l’Iran et l’Egypte. Elle était la voix de personnes silenciées, et ses puissants témoignages documentaires continuent d’éclairer le présent. « C’est ma maison, ce qu’il en reste », commente la cinéaste dans des ruines au Liban. Des décennies plus tard, Mohanad Yaqubi a également vu sa maison détruite par Israël à Gaza. Les images de Saab préservent la mémoire mais, comme on le note dans Revolutionaries Never Die, ce sont également des images du futur. « On voit toujours les mêmes images, 50 ans après que tu les as filmées ». Dans les archives-mêmes de Saab, des journaux sont comparés à l’époque et annoncent les mêmes événements à des années d’intervalle.

Comment interrompre la répétition ? Difficile de répondre à cette question quand on contemple les désastres d’hier et l’horreur d’aujourd’hui. Saab filme des lieux qui palpitent, abritant des moments heureux, puis des lieux qui sont effacés. Beyrouth vivante, puis Beyrouth fantôme. « Chaque lieu devient une histoire, chaque nom devient une mémoire » – les films de Saab sont précieux, impriment sur la pellicule ce qui n’existe plus. Le montage de ces archives réalisé par Mohanad Yaqubi (accompagné de Elettra Bisogno et Rita Maria Habib) permet de garder vivante la voix de la cinéaste. Son regard d’hier pourrait, malheureusement, dater d’aujourd’hui.

Revolutionaries Never Die ressemble à un film de Jocelyne Saab, c’est sa matière à elle, transmise par Yaqubi – quitte à ce que le film n’apporte pas nécessairement quelque chose de plus ou de vraiment inédit si l’on est familier de l’œuvre de la Libanaise. Il constitue néanmoins une très bonne porte d’entrée pour les néophytes. « Les archives ne sont pas faites pour être conservées, mais pour être activées » commente avec une vive éloquence le cinéaste. Revolutionaries Never Die réactive le point de vue de Saab, transmet la mémoire de celleux qu’elle filme comme un miroir du présent ; et le long métrage, comme le promet son titre, confirme que Jocelyne Saab n’est jamais vraiment morte.

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par Nicolas Bardot

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