Festival de Sarlat | Critique : Le Joueur

Metteur en scène de théâtre et joueur pathologique, Ivan Katz brûle sa vie dans les jeux d’argent. Une nuit, il joue et perd les fonds destinés à la production de sa nouvelle pièce : Platonov, de Tchekhov. Pour se refaire, il n’a d’autre choix que d’entrer dans les parties clandestines de poker. Tout en répétant le jour, Ivan plonge dans l’univers vertigineux et dangereux du jeu la nuit…

Le Joueur
France, 2026
De Elie Wajeman

Durée : 1h43

Sortie : 06/01/2027

Note :

RIEN NE VA PLUS

Les lumières du casino scintillent et Ivan déambule parmi elles. Ça n’est pas un gagnant flamboyant pour autant : le quadragénaire (joué par Pio Marmaï, que le cinéaste retrouve après son premier film Alyah et plus récemment Médecin de nuit) sait jouer, mais il est pourtant en train de tout perdre – et de dépasser la ligne rouge. Dans le nouveau long métrage du Français Elie Wajeman, les joueurs pathologiques sont décrits comme davantage « accros au miracle » qu’au jeu en tant que tel. Voilà une petite dimension romanesque qui fait décoller le film des tables de poker et des tapis verts : pas besoin de s’y connaître techniquement pour plonger dans l’intrigue.

Elie Wajeman parvient par ailleurs à mettre en place un engrenage de thriller assez efficace. C’est grâce à sa mise en scène, qui construit une tension plutôt solide à partir d’un découpage net et de jeux de regards, là encore même si les règles du jeu en lui-même sont une langue étrangère. C’est aussi grâce à son écriture et cette impasse de mensonges dans laquelle Ivan s’enfonce. Le film trouve un relief bienvenu en n’épargnant pas ses protagonistes, entre son héros littéralement cabossé, confronté à sa propre médiocrité, ou son père décevant qui nous épargne bien des clichés des réconciliations daron-fiston.

Il reste quelque chose d’un peu trop appliqué dans Le Joueur : son introduction faux-semblant note d’intention, son dénouement note d’intention, son manque de vertige, ou tout simplement son choix de Tchekhov comme auteur adapté dans la scène de théâtre qu’on voit dans le film. Les cinéastes du monde entier (de Farhadi à Hamaguchi en passant par ici et mille autres) ne connaissent-ils qu’un seul auteur de théâtre pour que celui-ci soit devenu un vrai lieu commun du cinéma d’auteur ? Le Joueur peut néanmoins s’appuyer sur une narration qui fonctionne et une belle brochette de talentueux seconds rôles : William Lebghil, Sarah Le Picard et Suzy Bemba.

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par Nicolas Bardot

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