Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s’accumulent !
Shana
France, 2026
De Lila Pinell
Durée : 1h20
Sortie : 17/06/2026
Note : ![]()
JE VEUX TOUT
Shana est une fille d’aujourd’hui ; son argot, son accent et ses lèvres très refaites ne trompent pas. C’est pourtant très loin en arrière que nous invitent les illustrations accompagnant le générique de début du long métrage puisque celles-ci illustrent les dix plaies d’Egypte. A défaut de malédictions surnaturelles, Shana a des problèmes de filles d’aujourd’hui, ou plutôt de filles de toujours, puisque tout son entourage semble plus ou moins la prendre pour une pauvre meuf : son mec qui parvient à l’humilier au téléphone alors qu’il dort en prison, ses potes à moitié blasées par ses plans à la con, et surtout sa mère, incapable de passer un simple repas sans aller au conflit. Face à cela, Shana n’est pourtant pas un ange et même une simple partie de jeu de société peut devenir prétexte à aboyer toutes les conneries qui lui passent par la tête. Et si son entourage avait raison, et si Shana était juste ingérable ?
La réalisatrice Lila Pinell filme cette anti héroïne avec un ton assez vache, très différent du film Kiss and Cry qu’elle avait coréalisé avec Chloé Mahieu. Ce n’est pas que Shana soit détaché du réel, au contraire le scénario parvient à aborder des questions sérieuses (la judéité, la transmission identitaire, le déterminisme social) mais il le fait avant tout avec humour, au point qu’on se demande un peu quel regard poser à notre tour sur ce personnage souvent pénible à force de ne pas savoir s’adapter. Tantôt fière capitaine d’un navire à la dérive, tantôt grande enfant complètement l’ouest, Shana ne se laisse pas abattre mais son instinct consistant à prendre toujours la mauvaise décision en font un personnage de comédie un peu risqué, qui menace de tourner un peu rapidement en rond. Or ça tombe bien, Shana n’est en réalité pas qu’une comédie.
A l’image de son héroïne qui refuse qu’on lui ferme la porte au nez, Shana voudrait être un peu tout à la fois (une analyse sociale réaliste, une farce à la vulgarité assumée, un tendre portrait empathique et même un thriller), et faire rentrer tout cela en 1h20. Ces variations d’écriture sont parfois plus arbitraires que vraiment fluides, mais ces changements d’air ont pour mérite de venir étoffer le personnage principal et de permettre à son interprète, la convaincante Eva Huault, de briller dans un registre plus large que prévu.
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par Gregory Coutaut
