Santosh et Rajji vivent ensemble dans un coin isolé du nord de l’Inde. Un jour, une tragédie bouleverse leurs vies.
The Ink-Stained Hand and the Missing Thumb
Inde, 2026
De Yashasvi Juyal
Durée : 2h07
Sortie : –
Note : ![]()
ENTRE DE BONNES MAINS
Au tout début de The Ink-Stained Hand and the Missing Thumb, le vaste monde est chanté lors du générique d’une émission qui passe à la télé. Le vaste monde, et les vastes questions qui s’y posent, abordées par un présentateur vieux sage. Contrechamp : on voit un couple qui regarde la télé, sur son lit, dans sa maison – tout ce qu’il y a de plus simple et quotidien. Les considérations deviennent plus terre-à-terre que celles de l’émission qui parle des secrets du temps et du cosmos. Dans son flamboyant premier long métrage, l’Indien Yashasvi Juyal manie à merveille ce type de contrastes entre la miniature et l’infini, la simplicité et l’inexplicable.
« Peut-être que je ne peux pas expliquer », confie d’ailleurs le protagoniste Santosh. Ce n’est pas vraiment un spoiler car cet élément arrive très vite dans The Ink-Stained Hand and the Missing Thumb (mais vous avez encore le temps d’arrêter la lecture de cet article) : lors d’un accident terrible, Santosh meurt. On ne le voit pas mourir, mais on le devine à travers un plan puissant sur les yeux de sa compagne, Rajji. Santosh n’est plus, mais ceci n’est une vérité que pour les individus les plus rationnels. Entre réalisme magique et pur fantastique, The Ink-Stained Hand and the Missing Thumb explore des mondes invisibles, ceux qui les peuplent et nous rendent visite. Ainsi, pourtant mort, Santosh réapparaît. Est-ce Santosh lui-même, ressuscité ? Est-ce un fantôme ? Est-ce un dieu ? The Ink-Stained Hand and the Missing Thumb chérit précieusement et assez longtemps son mystère. Mais même lorsque des explications sont données, le long métrage garde une large partie de son énigme.
The Ink-Stained Hand and the Missing Thumb (La Main tachée d’encre et le pouce manquant, quel titre!) est un film qui demande beaucoup, en termes de rythme et de narration. Mais c’est un film qui, en contrepartie, donne énormément. Le travail de Yashasvi Juyal et de quiconque a œuvré visuellement sur le film est magnifique. Le moindre plan sur des rails, sur un cours d’eau, sur un miroir, est superbe. Voilà l’écrin brillant pour ses personnages à la fois au bord du réel et en plein dedans. Il y a dans The Ink-Stained… un fascinant va-et-vient entre le surgissement magique et la rétention sibylline qui évoque le cinéma d’Anocha Suwichakornpong. Cela peut-être, à la fois, un drame banal et la plus grande aventure possible. Et le film va à l’encontre de cette conception très occidentale – en tout cas mise en avant dans les festivals occidentaux – que les films de l’hémisphère sud doivent avant tout documenter sur leur monde.
Si The Ink-Stained Hand and the Missing Thumb n’a donc rien d’un exposé, il raconte un peu son monde… à sa manière. Un monde où le temps s’écoule selon son propre sablier dans la nature. Un monde spirituel, au temps étiré ou en boucle, sous les étoiles, à l’ombre de la forêt, au bord de la rivière. Santosh est attaché au lieu de son accident : une station de péage, comme un passage entre les mondes. Tout cela circule dans The Ink-Stained… : c’est cryptique, poétique, ludique (car le film est sérieux… mais pas si sérieux). Le film joue sa propre musique discrète tout en offrant un excitant vertige. Voici là l’une des révélations de l’année.
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par Nicolas Bardot
