Critique : Natural Light

1943, l’Union Soviétique est sous occupation allemande. Semetka, un paysan hongrois, est enrôlé comme sous-lieutenant dans une unité spéciale qui traque les groupes de partisans russes. En route vers un village isolé, sa compagnie tombe sur l’ennemi. Le commandant est tué, Semetka doit prendre la tête de l’unité… Va-t-il réussir à conserver son humanité ?

Natural Light
Hongrie, 2021
De Dénes Nagy

Durée : 1h43

Sortie : 11/01/2023

Note :

L’EMBARRAS DU CHOIX

Un groupe de soldats progresse et patauge dans une bouillasse inhospitalière, et autour d’eux le décor pourrait aussi bien être celui d’une région rurale, quelque part en Europe, que des limbes dont ils ne sortiront point. Ne le cachons pas, Natural Light est d’abord très rigide et l’on se demande alors ce qui constituera la personnalité de ce film historique. Fort heureusement, le point de vue du Hongrois Dénes Nagy, qui signe ici son premier long métrage, se dessine peu à peu.

D’abord de façon visuelle. Au bloc marron initial qui envahit l’écran succède une multitude d’arbres à la puissante dimension picturale. Nagy les filme comme des grandes lignes s’élevant vers les nuages, des sortes de barreaux abstraits qui avalent les protagonistes. Lorsque ceux-ci ont l’idée de lever les yeux vers le ciel dans ce film où l’on regarde surtout par terre, les branches forment comme des araignées – les hommes sont bel et bien pris dans leurs toiles.

István Semetka, officier le plus haut gradé de son unité, doit faire face à ses responsabilités lorsque son commandant est tué. Natural Light parlait déjà avant cela de responsabilité, mais c’était une responsabilité collective et Semetka avait la possibilité de se fondre dans des exactions qu’on ne pouvait imputer à lui seul. Le récit glisse vers sa responsabilité personnelle, en première ligne. Le tour de force de Nagy est que son récit et ses enjeux ne passent pas strictement par l’écriture d’un personnage (épurée à l’extrême) ou par son interprétation (un visage interdit, sans expression).

Quelle responsabilité peut-on avoir dans la faiblesse et l’inaction ? C’est une question que pose Natural Light dont le protagoniste ne semble pas être un diable à première vue. « Est-ce qu’un homme peut être bon et faible en même temps ? », commente le cinéaste. Natural Light dépeint une lâcheté parfaitement humaine. Et l’amer tranchant de ce récit est encore plus aiguisé par le choix narratif opéré par Dénes Nagy. Très librement inspiré d’un roman écrit par son compatriote Pál Závada, Nagy n’a retenu de ses 600 pages et vingt ans de récit que 3 jours. Cette soustraction donne beaucoup de sa force à ce film qui précisément traite de ce qui est omis, effacé du récit, incompréhensible, glissé sous le tapis. Le soleil semble éternellement se coucher dans Natural Light – s’est-il jamais vraiment levé ? La dernière vision infernale est en tout cas difficile à oublier.

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par Nicolas Bardot

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