Critique : Les Roches rouges

Sur la Côte d’Azur, deux bandes d’enfants s’affrontent à leur jeu favori : sauter des rochers rouges de la Méditerranée. Géo, 5 ans à peine, découvre le temps d’un été un monde où l’amitié se mêle à la rivalité, et où les premiers élans du cœur deviennent source de tensions.

Les Roches rouges
Portugal, 2026
De Bruno Dumont

Durée : 1h30

Sortie : 23/09/2026

Note :

LES ENFANTS ROUGES

Après l’ample aventure galactique de L’Empire (avec sa science-fiction et son casting all-star), Les Roches rouges montre un Bruno Dumont qui aurait à nouveau les pieds bien sur terre, avec un récit en apparence très épuré. Les héros et héroïnes de ce nouveau film sont quelques garçonnets et fillettes, et le but de leurs journées ensoleillées est tout simple : trouver le spot le plus haut pour plonger dans l’eau. Mais en réalité qui, des protagonistes de L’Humanité à l’inspecteur de P’tit Quinquin, de Camille Claudel à Jeanne d’Arc, n’a pas l’air d’être un•e extraterrestre chez Bruno Dumont ?

Géo, le personnage principal du film, a en effet l’air de tomber du ciel. Ce petit cousin de P’tit Quinquin vit dans le sud-est de la France, et de cette région Bruno Dumont saisit les couleurs intenses et vibrantes : le rouge de la roche, le bleu de l’eau, tout cela intensifié par la lumière du soleil. Ce sont les couleurs du paysage, ce sont aussi celles que les enfants voient : un monde intense, moins gris que celui des adultes (et il n’y a pratiquement pas d’adulte présent à l’image dans Les Roches rouges). De même, l’adoption du grand angle permet de coller au plus près d’une vision enfantine du monde, en termes de distance comme d’amplitude.

Ce monde a parfois l’air d’une jolie maquette : des plans à distance montrent la petite ville au bord de l’eau, au pied des reliefs, traversée par un train (électrique ?). Cela a parfois l’air factice, comme les silhouettes des enfants intégrées aux roches qu’iels grimpent. Cette hésitation entre le réel dépouillé et la vibration surréelle a déjà habité le cinéma de Dumont. Elle est en tout cas un outil parfait pour raconter l’enfance, sa perspective neuve sur les choses, sa joie et son émerveillement. « C’est dangereux ? » demande une fillette en voyant un sanglier. Les enfants dans Les Roches rouges peinent encore à mesurer la dangerosité de ce qui les entoure, et la dangerosité de leurs actes.

Bruno Dumont met en scène ce récit d’enfance avec une stupéfiante majesté. La caméra à immédiate proximité puis en lointain recul crée des respirations profondes et mystérieuses dans Les Roches rouges. Ce jeu d’échelles est remarquable : les enfants juché•es sur leurs véhicules miniatures parcourent un mini-monde écrasé par le bruit du train et du trafic routier. Les dynamiques auxquelles les gosses sont confrontées sont peu à peu celles des adultes : qu’elles soient amoureuses ou politiques. Il est régulièrement question de se jeter à l’eau dans Les Roches rouges et c’est bien ça le propos de ce formidable film : faire au plus jeune âge l’expérience de l’immensité, et du monde qui, quand on devient plus grand, se referme sur soi.

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par Nicolas Bardot

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