Dans un village népalais niché au cœur d’une forêt peuplée d’éléphants sauvages vit une communauté kinnar aussi vénérée que crainte pour ses pouvoirs de bénédiction et de malédiction. Pirati, l’une des mères de la communauté, rêve de s’échapper avec l’homme qu’elle aime. Mais lorsqu’une de ses filles disparaît, elle se doit mener l’enquête et choisir entre son désir de liberté et ses responsabilités envers sa communauté.
Les Eléphants dans la brume
Népal, 2026
D’Abinash Bikram Shah
Durée : 1h43
Sortie : 23/09/2026
Note : ![]()
JAMAIS SANS MA FILLE
« Gloire à toutes les mères » entend-on ici au détour d’une prière. Ce sont justement des mères pas comme les autres qui peuplent ce village perdu dans la forêt embrumée du Népal. L’action des Éléphants dans la brume se déroule en pleine communauté kinnar, d’après le nom donné aux personnes trans et non-binaires dans les cultures du sous-continent indien. Le lien solide et chaleureux qui unit les habitant.e.s de ce village n’est pas biologique, il s’acquiert et se confirme au sein de cérémonies sacrées où des ainé.e.s prennent officiellement pour fille ou pour fils l’un.e des jeunes membre de la communauté. Une responsabilité avec laquelle on ne plaisante pas.
La cohabitation avec la ville voisine, où les hommes hypocrites sont à la fois transphobes et sexuellement attirés par les kinnars, n’a rien d’évident, mais Pirati n’est pas le genre de femme à s’en laisser raconter. Matriarche charismatique possédant « une sagesse ancienne et la force des montagnes », elle est même bientôt destinée à être élue cheffe du village. Or, la disparition suspecte de sa fille va l’obliger à mener l’enquête à la ville et faire face à ses propres contradictions. Le cinéaste népalais Abinash Bikram Shah réalise ici son premier long métrage après avoir signé il y a deux ans le scénario de Shambhala, de son compatriote Min Bahadur Bham. Les Éléphants dans la brume ne cherche pas du tout à reproduire le rythme contemplatif de ce dernier. Le long métrage pourrait en quelque sorte être divisé en deux parties égales, et chacune brille par un rythme nerveux juste ce qu’il faut.
La deuxième moitié des Éléphants dans la brume prend le chemin prévisible du récit de mère courage seule contre tous, mais au moins la recette est-elle exécutée avec savoir-faire et talent. Le sel le plus inattendu du film se trouve surtout dans la première moitié du film qui nous invite tout simplement à une découverte de cette communauté, sans chercher à tout prix à tisser d’emblée un récit. D’un côté, cette immersion documente avec respect les différents rituels, recettes et superstitions propres à cette culture, mais de l’autre elle offre aux personnages une richesse réjouissante. Loin d’être des déesses parfaites et dignes, ces fières femmes trans à la fois prostituées et sorcières ont l’injure à la bouche et se révèlent délicieusement bitchy les unes envers les autres. Harmonieux dans son ensemble, le film réussit à s’adresser équitablement et généreusement à des publics très différents : celui avide de connaissance du monde, celui friand de représentations queer rares, et celui connaisseur et amateur de la richesse de tons du cinéma du sous-continent indien.
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par Gregory Coutaut
