Festival de Sarlat | Critique : Les Filles d’Abraham

Après plusieurs années de rupture, Myriam, jeune femme de culture musulmane qui grandit à Marseille, renoue durant les vacances d’été avec Eva, issue d’une famille juive. Ensemble, elles vivent leur jeunesse hors des cadres imposés. Mais cet été d’insouciance se fissure lorsqu’un drame bouleverse l’équilibre de leur cercle social et familial, et bientôt, leurs propres destins.

Les Filles d’Abraham
France, 2026
De Hanaël El Yousfi

Durée : 1h33

Sortie : 30/12/2026

Note :

COMME DES SOEURS

Myriam, musulmane, et Eva, juive, sont amies. Cela pourrait être le début d’une blague potache, ou au contraire les ingrédients d’un film de réconciliations mièvres, mais le premier long métrage de la Française Hanaël El Yousfi manie les nuances avec dextérité. Voilà bien le minimum si l’on veut, dans un tel film, évoquer les liens entre les mondes juifs et musulmans aujourd’hui. Et voilà ce qu’accomplit le long métrage avec un talent tout à fait prometteur, au fil des portraits croisés de ses différentes filles d’Abraham.

« La liberté a un coût » : c’est ce que la jeune Myriam apprend, de manière un peu trop littérale, lors de son cours de philo. Chacune dans leur famille, Myriam et Eva subissent le poids du collectif, celui des règles patriarcales qui ne laissent que peu d’espace aux individus – a fortiori si ce sont des femmes. Ce type de portraits-de-femmes-dignes et méditerranéennes, on en voit régulièrement sur nos écrans mais la fougue et l’envie de sortir des clichés dont Hanaël El Yousfi fait preuve apportent une fraîcheur et une vivacité aux Filles d’Abraham. C’est un film qui parvient à être politique de manière organique sans vraiment être explicitement politique ; c’est aussi un film qui, dans le drame, sait être drôle – vraiment drôle.

Car Myriam a la langue bien pendue et sait remettre un porc à sa place avec le sourire, elle sait être cinglante pour moucher quiconque s’attaque à elle, et son personnage est suffisamment bien composé pour que ses punchlines ne soient pas que des effets d’écriture. On peut saluer l’interprétation remarquable de Mélissa Guers (révélée dans La Fille au bracelet), ainsi que celle de sa partenaire Ava Baya. Leur spontanéité participe à rendre le film vivant ; ce dernier traverse ainsi les célébrations (mariage, anniversaire, shabbat), attrape l’énergie des vagues à Marseille (notamment lors d’un plan superbe où les héroïnes s’étreignent après une chanson) et n’est jamais figé dans une formule.

Car sans être révolutionnaire dans sa conception, Les Filles d’Abraham refuse les formules. La jeune Myriam sait choquer les vieux, car c’est bien ainsi que la jeune génération devrait choquer les anciennes. Le film interroge également la violence que l’on reproduit sans la questionner au sein de la cellule familiale – comment, là encore, sortir de ce schéma ? Hanaël El Yousfi trouve assez finement différentes teintes au sein-même des familles, ou au contraire des points communs entre deux culture qu’on dit opposées. Il y a beaucoup de règles dans Les Filles d’Abraham, beaucoup de lignes droites à casser, et ce n’est pas pour rien que le film donne une place centrales aux courbes dans sa scène finale. La sororité est parfois un mot tellement utilisé qu’il peut perdre de sa puissance, mais la cinéaste en fait ici un portrait impétueux et réussi.

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par Nicolas Bardot

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