Festival de Locarno | Critique : Rehmat

Trois histoires entrelacées dans le Pendjab contemporain. Dans sa maison, une femme abrite en secret un inconnu blessé. La famille de celui-ci porte le poids d’un deuil impossible, alors qu’un vieil homme arrive au village. Il prétend être Dieu.

Rehmat
Inde, 2026
De Gurvinder Singh

Durée : 2h37

Sortie : –

Note :

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S’il fallait chercher une nouvelle preuve que le cinéma indien peine à trouver autant qu’il le mérite le chemin traditionnel des salles françaises, il suffirait de se pencher sur la carrière de Gurvinder Singh, dont auccun film n’a été distribué chez nous depuis, et malgré, sa révélation à Cannes il y a onze ans pour La Quatrième voie. Ironiquement, le titre de ce film de 2015 pourrait presque servir de slogan pour décrire le cinéma de Singh. En effet, parmi les nombreux visages du cinéma indien, les plus identifiés chez les spectateurs occidentaux sont sans doute le traditionnel film musical, le genre policier appelé Mumbai Noir et un cinéma d’auteur radicalement minimaliste. Or Rehmat n’appartient à aucune de ces trois familles-là.

Drame réaliste où l’économie et la dignité règnent, Rehmat s’ouvre par un carton venant rappeler la particularité de l’histoire de la région du Pendjab, qui fait qu’aujourd’hui encore les tensions avec le Pakistan voisin se font sentir. Adapté de plusieurs nouvelles de l’autrice pakistanaise Ajeet Cour, Rehmat raconte trois histoires d’apparition et de disparition aux abords de la frontière : un déserteur qui cherche une cachette à tout prix, une famille soudain endeuillée, et un vieillard anglais qui débarque au village en prétendant être Dieu. Soit trois histoires où la paranoïa et la méfiance sont évoquées, davantage que vraiment présentes à l’écran. En effet, on ne peut pas dire que la tension règne sur Rehmat, où les rares mouvements de caméra sont plutôt pépères, et où il est finalement surtout question d’empathie, fut-elle entravée.

Gurvinder Singh privilégie une observation discrète des codes sociaux du quotidien et surtout de tout ce qui n’est pas formulé entre leurs lignes. La moitié des personnages de Rehmat ont besoin d’aide, l’autre moitié sont susceptible de leur apporter leur soutien, mais un labyrinthe de conventions historiques, religieuses et le plus souvent masculines entrave toute harmonie. Ce portrait commence avec un amusant faux semblant (une jeune femme pleurant en cachette s’avère en réalité en train d’éplucher des oignons), mais cette ironie est vite remplacée par un rythme fort contemplatif qui donne souvent l’impression que le film est en fait réalisé par une personne très âgée. Il faut faire preuve d’un peu de patience pour parvenir au troisième récit, où la métaphore historique d’une réunion des peuples, souhaitée mais impossible, se trouve traduite avec une certaine poésie lunaire. Bien caché derrière cette sérieuse lenteur, on retrouve alors un certain mordant bienvenu.

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par Gregory Coutaut

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